ACTE PREMIER
RAYMOND
Parce que?
MONSIEUR DE GIUIEU.
Parce que madame de Giricu va vouloir, elle aussi, reste? auprès de son enfant. Elle est la mère, elle, et je ne songerai pas à l'empêcher de faire son devoir. Votre place n'est pas à côté d'elle.
RAYMOND
Même si notre enfant mourant est entre elle et moi?
MONSIEUR DE GIRIEU.
Je n'ai rien à ajouter.
RAYMOND
Mais vous n'avez pas compris...
MONSIEUR DE GIRIEU.
Si... Je regrette...
RAYMOND
Il faut que vous ayez le cœur bien dur. Il faut que votre égoïsme soit bien grand pour me répondre comme VOUS le faites. Je vous plains, monsieur.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Je n'ai que faire de votre pitié.
Je vous plains, je vous dis... Il y a, là, un bébé de six ans qui se débat dans la fièvre et sous la menace de l'asphyxie; il y a une mère en larmes et un père affolé. Cela, vous le voyez, vous le voyez devant vos yeux; et, lorsque ce père et cette mère vous demandent de ne pas les séparer de leur petit, de ce petit malheureux, qu'ils n'ont peut-être plus que quelques jours à voir, vous ne comprenez pas ce qu'ils vous disent; leur douleur n'éveille rien en vous. Vous restez insensible, vous n'avez que des rancunes mesquines et des inqui<'tudes outrageantes. Nous vous demandons le droit de pleurer auprès
de ce berceau... vous, vous refusez, et pourquoi?... parce que vous êtes jaloux.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Peut-être.
RAYMOND
C'est de la cruauté.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Je n'ai de cruauté ni pour madame de Girieu, à qui je faciliterai dans la plus large mesure l'accomplisse ment de son devoir de mère, ni pour son enfant dont je souhaite de tout mon cœur la prompte guérison. Cela ne doit pas vous surprendre. Vous voulez que je vous dise tout? Eh bien! vous avez deviné : je suis jaloux. Je ne veux pas qu'entre ma femme et vous, il y ait des émotions communes: je ne veux pas que vous et elle, vous souffriez les mêmes inquiétudes, ni que vous ayez les joies des mêmes espérances. Allez-vous-en, monsieur.
RAYMOND
Je ne puis pas m'en aller.
Je vous dis que vous ne resterez pas ici...
RAYMOND
Vous oubliez que vous n'êtes pas ici chez vous et que cette autorisation que j'étais venu vous demander, je puis l'obtenir de monsieur et madame Marsanne.
MONSIEUR DE GIRIEU.
S'ils vous la donnent, j'emmènerai l'enfant chez moi.
RAYMOND
Au risque de... (Ému.) Mettez-vous à ma place... Songez : si c'était votre fils!
MONSIEUR DE GIRIEU.
Il n'est pas mon fils, et vous n'avez rien négligé pour que je ne l'oublie pas.