SCÈNE PREMIÈRE
MONSIEUR CHAMBERT, MADAME CHAMBERT. Au lever du rideau, M. et madame Chambert sont assis, chacun d'un côté de la table de gauche. Madame Chambert sur le canapé. M. Chambert est penché sur un album de photographies d'amateur où les images sont fixées par les quatre coins, au nombre de quatre ou six à la page. Pendant ce qui suit, il détache de temps en temps une épreuve, la déchire très posément et en met les morceaux dans son tiroir entr' ouvert. Madame Chambert continue sa dentelle de fil.
CHAMBERT
Oui. N'oublie pas cependant que si la séparation de corps est prononcée contre elle...
MADAME CHAM6ERT
Comment « si »?... N'est-ce pas certain?
CHAMBERT
Je le crois. Mais, enfin, il faudrait connaître les griefs qu'elle invoquera. Bardot nous renseignera là-dessus tout à l'heure... Je dis que la séparation de corps, une fois prononcée, et contre elle, elle pourra encore faire appel. Alors ce n'est pas dans huit jours que nous aurons une solution, mais dans trois mois, sixmois, un an... On ne sait plus.
MADAME CHAMBERT
Et pendant tout ce temps-là, il nous faudra lui conduire Suzettc à jour et à heure fixes.
CHAMBERT
Le juge en a ainsi ordonné. Mais les mesures 'édictées en matière de garde d'enfants ont toujours un caractère provisoire. Elles sont toujours modifiables.
MADAME CHAMBERT
Alors?
CHAMBERT
Alors, nous verrons.
MADAME CHAMBERT
Tu ne peux pas trouver un moyen de nous donner tout à fait Suzette?
CHAMBERT
Hélas ! j'en ai un peut-être.
MADAME CHAMBERT
Lequel?
Nous causerons de cela plus tard.
MADAME CHAMBERT
Pourquoi dis-tu « hélas! »
CHAMBERT
Parce que... Mais je te supplie...