ACTE DEUXIEME
un tel état... Madame va se rendre malade, c'est sûr. Voilà la troisième nuit qu'elle passe.
-MADAME MARSANNE
Et celle-ci a été plus terrible que toutes les autres.
LOUISE
Oui. Deux fois nous avons cru que c'était fini... Et maintenant encore... {Sou}nr.) Si elle pommait pleurer, ça la soulagerait, mais elle resté là... tenant toujours la main de M. Julien dans la sienne... comme pour l'empêcher de partir.
MADAME MARSANNE, à elle-même.
Pauvre Laurence I,;. E:t-ce qu'on n'a pas entendu une voiture?
LOUISE, allant à la fenctre.
Non, madame... Il fait jour, madame, grand jour, déjà,
MADAME MARSANNE
Alors, ouvrez les rideaux. {Louise obéit. Lumière.) Et emportez la lam.pe, ma bonne Louise.
Louise sort avec la lampe. Madame Marsanne pleure. Entre la religieuse.
LA RELIGIEUSE
Ne pleurez plus, madame. Je crois pouvoir vous annoncer une grande et heureuse nouvelle.
MADAME MARSANNE
Dites, ma sœur, dites...
LA RELIGIEUSE
L'enfant est sauvé.
MADAME MARSANNE
Comment pouvez-vous savoir?...
LA RELIGIEUSE
J'en ai déjà tant vu, de ces pauvres petits êtres, que je
ne m'y Irompe pas... La détente... la défervescence, comme dit le docteur, commence à se produire et les symptômes de cette nuit qui nous ont tant eft'rayés, élaient les dernières menaces du mal.
MADAME MARS ANNE
Ah! si vous disiez vrai, ma sœur!...
Elle se dirige vers la chambre de Jtdien.
LA RELIGIEUSE
Laissez-le, Madame. 11 vient à peine de s'endormir, ne. faites pas de bruit... Vous pouvez me croire... et je vous assure que je suis bien contente... pour Monsieur et pour Madame... [Sur un regard interrogalif de madame Marsanne.) pour le père et pour la mère. Lorsque Monsieur va rentrer, comme il va être heureux ! Je vous disais que j'avais bien souvent assisté à de semblables douleurs, puisque notre ordre fournit des g .rdes et que c'est moi qu'on envoie de préférence lorsqu'il s'agit d'un enfant.
MADAME MARSANNE
Pourquoi vous?
LA RELIGIEUSE
Je n'ai pas à le savoir. C'est notre More qui commande... et naturellement j'obéis... [Reprenant.) Eh bien l jamais peut-être je n'ai vu une énergie aussi grande que celle de Monsieur... Les sanglots, dans ces moments-là, c'est souvent un signe de faiblesse plus qu'une marque de douleur... Monsieur n'a pas de larmes, mais...
MADAME MARSANNE
Oui... Et ma pauvre Laurence?
LA RELIGIEUSE, très Simplement.
Oh! les mères. Madame, on n'en parle pas : elles sont toutes pareilles I
MADAME MARSANNE
Comme vous dites cela, ma sœur !... Et comment, vous, si jeune, êtes-vous là où vous êtes?
LA RELIGIEUSE
Excusez-moi, Madame, notre règle nous défend de parler de nous-mêmes. {Un temps.) J'ai dit à Madame votre fille combien j'étais rassurée, maintenant : elle ne veut pas me croire.
MADAME MARSANNE
Songez que depuis trois jours, elle vit avec cette pensée que Dieu va peut-être lui prendre son enfant. Sera-t-elle heureuse, lorsque le docteur...
LA RELIGIEUSE
Je crois bien ! Monsieur et Madame...
MADAME MARSANNE, embarrassée.
Ma sœur... Il faut que je vous avertisse... Ne dites pas Monsieur et Madame en parlant du père et de la mère du petit Julien. Ma fille est divorcée...
LA RELIGIEUSE
Divorcée ?
MADAME MARSANNE
Oui, M. Chantrel ne lui est plus rien...
LA RELIGIEUSE
Plus rien !... lepère!... Oh! Madame, quand on est le père et la mère du même enfant, est-ce qu'on peut jamais n'être plus rien l'un à l'autre... Je ne comprends pas...
LOUISE, entrant.
Le docteur vient d'arriver. Il vous demande, ma sœur, vous seule.
La religieuse sort.
n LE BERCEAU