ACTE DEUXIEME
avais-je pas prévenue du danger auquel vous l'exposiez par vos précautions excessives. Vous voyez ce qui est arrivé... Croyez-moi, Laurence, dès qu'il sera rétabli, donnez-lui des camarades...
LAURENCE
C'est une décision grave et que je ne puis prendre sans consulter son père... {Monsieur de Girieu laisse échapper un geste d'irritation.) Qu'avez-vous?
MONSIEUR DE GIRIEU.
Ce que j'ai?... Je me demande, Laurence, si nous ne nous sommes pas trompés, lorsque nous avons cru pouvoir constituer une famille avec, entre nous, cet enfant d'un autre.
LAURENCE
Vous voulez me séparer de lui. Est-ce donc cela que vous m'aviez promis? Lorsque, après le divorce, je me suis trouvée toute seule, avec mon petit, j'ai dit à mes parents que je voulais me consacrer tout entière à mon devoir maternel. Mais vous êtes venu, vous que je connaissais déjà depuis longtemps; vous paraissiez l'aimer, mon petit Julien, vous jouiez avec lui et c'était une joie lorsque vous arriviez. Alors vous m'avez demandé si je voulais devenir votre femme, vous avez eu pour ce bébé de bien douces paroles, vous m'avez fait des promesses pleines de tendresses, solennellement; c'était un père qu'il allait retrouver. Moi, je me suis laissé convaincre et je vous ai dit oui... pour lui.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Vou^ m'aimiez cependant ? Si non pourquoi donc m'ave^vous épousé ?... Par calcul, alors?
LAURENCE, dcbout et dans les yeux de Girieu, mais sans éclat.
Vous m'effrayez... Mon père ne cessait de me représenter
que Julien, plus tard, aurait besoin d'un soutien, d'un
•conseil, d'un protecteur, et que vous seriez ce protecteur-
là, puisque le père, paraît-il, en était devenu indigne... C'est pour cela que je vous ai épousé, c'est vrai... Vous vous plaignez que je ne vous aime pas, Georges! Ah! comme ma reconnaissance pour vous aurait été grande et profonde, et affectueuse... et comme elle serait vite devenue de l'amour, si vous aviez voulu!
MONSIEUR DE GIRIEU.
J'ai voulu : je n'ai pas pu.
LAURENCE
Alors, que me reprochez-vous?
MONSIEUR DE GIRIEU.
Quoi qu'il en soit, si j'acceptais maintenant de reprendre notre existence d'autrefois, je serais coupable. Je ne pourrais m'erapêcher de haïr votre fils et peut-être finirais-je par vous haïr vous-même. Nous serions trois à souffrir. En vous séparant de lui, dans deux mois... trois mois si vous voulez, vous éprouverez, je le sais, un grand chagrin, mais qui disparaîtra vite lorsque vous aurez acquis la certitude que cela vaut mieux pour le bonheur de tous. Laurence, pardonnez-moi si, pour la première fois de ma vie, je vous impose ma valonté. Je vous déclare que Julien ne rentrera pas chez moi.
LAURENCE
Et si je vous répondais en vous déclarant que je n'y rentrerai qu'avec lui!
MONSIEUR DE GIRIEU.
Calmez-vous, ma chère amie, et réfléchissez. Soyons raisonnables l'uifet l'autre et gardons-nous des décisions prises dans la colère. Le petit Julien ne pourra pas, dit le docteur, sortir avant une quinzaine de jours; et, sans doute, vous ne voudrez pas le quitter d'ici là.
LAURENCE
Évidemment.