ACTE PREMIER
SERGEAC.
Non.
LE DOCTEUR
Non?
SERGEAC, subitement, après un silence.
Je n'ai pas pris le train.
LE DOCTEUR
Pourquoi?
SERGEAC, grave, à lui-même. Je sais pourquoi.
LE DOCTEUR
Dites-ie.
SERGEAC.
Non. Une pensée m'est venue tout à coup qui m'en a empêché.
LE DOCTEUR
Quelle pensée?
SERGEAC.
Cela ne regarde que moi. (La physionomie de Sergcac s'altère ; elle exprime une grande terreur, puis l'épouvante. Ses yeux sont énormes, la bouche ouverte. Dans un soupir, il laisse échapper un cri rauque, étouffé, et tombe lourdement à terre. Le docteur et Sergeac père se précipitent. M. de Lorsij fait un pas et s'arrête. )
LE DOCTEUR, à il/, rfe Sergcac père qui veut relever Sergeac.
Non, non, laissez-le à terre... la tète sur le plancher. C'est un simple étourdissement. Dénouez sa cravate..., (K va prendre dans sa trousse un flacon qu'il fait respirer à Sergeac.) Vous voyez... il ouvre les yeux... Il reprend connaissance. Asseyons-le maintenant. {Ils le relèvent et le portent sur une chaise.) Il nous reconnaît. Ce n'est rien. Il va reporter son flacon.
SERGEAC, d'une voix peu assurée.
Laissez-moi 1 Laissez-moi, je puis me passer de soutien
HO SIMONE
et de soins. C'est un simple étourdissement. Maintenant je suis prêt à tout entendre. Je suis au point où sans doute vous vouliez m'amener, docteur !... Ah ! je vous jure que d'après ce que je viens d'entrevoir vous pouvez tout me dire.
Je juge, moi, que nous devons nous en tenir là pour aujourd'hui.
SERGEAC.
Comme vous voudrez, vous pouvez vous taire ou même rentrer chez vous. Je me sens de force à retrouver par moi-même ce que je suis encore à ignorer. Il est un point qu'il faut d'abord éclaircir. Lo re-te en dépend. Où est Gabrielle? {Un silence.) Monsieur de Lorsy, c'est bien vrai ce qu'on m'a répété ? C'est bien de madame de Lorsy que vous êtes en deuil? Dites-moi... ce n'est pas de votre fille?... Non?... Alors vous l'avez vue il y a peu de temps?... A-t-elle gardé son sourire si tendre et vous a-t-elle embrassé comme elle le fait à chacun de vos voyages, en affectant de vous parler comme un tout jeune enfant?...
MONSIEUR DE LonsY , il sanglote.
Mon enfant ! Ma Gabrielle !... Ma pauvre petite!... Ma pauvre petite !
SERGEAC.
Vous pleurez I {Sans éclat.) Elle est morte, n'est-ce pas? Allons I Je le sais depuis cinq minutes. Gabrielle est morte ! Je sens que cela est, et j'ai beau me répéter ces mots-là, je ne saisis pas la réalité de ce qu'ils expriment. {ïl fait silencieusement des efforts de mémoire infructueux, puii se frappant la tête de ses poings.) Oh ! la caboche ! la caboche ! J'ai besoin d'aide encore. Je vous en supplie, vous ne devinez pas ce que c'est que l'angoisse où je suis? Elle est si douloureuse que la vérité, quelle qu'elle soit, ne pourra m'apporter qu'un soulagement... De quoi avez-