ACTE TROISIÈME
BOURG LE IL
Comme il est agité! — Gustave, sois philosophe.
Je vous remercie de ce conseil.
Cela devait t arriver tôt ou tard.
Je le sais. — Je veux dire... qu'entendez-vous par là?
BOURGUEIL
Tu n'es plus jeune, tu n'es pas beau...
PICAUD
Beau ! je serais beau si je voulais. — Avec trois francs de cosmétique et un bon tailleur...
BOURGUEIL
Tu n'aimes que l'administration.
PICAUD
Une amie fidèle au moins.
BOURGUEIL
Tu étais prédestiné. Console-toi.
PICAUD
Oui, je me consolerai. J'aurai une Lolotte aussi moi; j'aurai plusieurs Lolottes. Je me ruinerai en Lolottes. Et ma femme verra si je ne suis pas irrésistible comme les autres.
BOURGUEIL
Elle te dira peut-être que ta vue lui est devenue insupportable.
258 Ll' CHEF DE DIVISION
Comment, insupportable !
BOURGUEIL
C'est ce qui arrive toujours.
PICAUD
Toujours !
BOURGUEIL
Mais on s'y habitue.
PICAUD, à part.
Ah ! s'il n'était pas le frère de l'autre ! Il est petit, il est maigre, il n'est pas fort!... Mais j'aurais l'air de (aire de l'opposition au gouvernement.
BOURGUEIL
Et puis elle le rend déjà justice dans le post-scriptum.
PICAUD
Elle vous a écrit ?
BOURGUEIL
Oui : c< Mon mari a été superbe de calme. »
PICAUD
Oui, j'ai été superbe. Certainement, j'ai été superbe. — Mais comment serai s -je encore superbe, si vous me racontez qu'elle vous a écrit !... Au moment où la cérémonie va commencer, à midi moins cinq! car j'irai jusqu'au bout, vous voyez que je suis prêt: l'habit, la ci-avate blanche, les gants, tout ce qui constitue l'heureux époux.
BOURGU i;iL.
L'heureux époux !... lu l'as dil. — Eh iticu, IMcaud, va chercher ta femme.