ACTE TROISIEME
BOLESCO.
Inflexible au jeu !
LA PRINCESSE, à Dominois.
Vous disiez en entrant que le monde était méchant !
DOMINOIS.
Au contraire, princesse, au contraire, je constatais l'empressement qu'on a mis à venir ce soir chez madame de Morangis, après la fatale méprise dont elle a failli être victime, hier, chez moi.
LA PRINCESSE
Oh! la pauvre femme! savez-vous que vous l'avez tout simplement mise à la porte.
DOMINOIS.
Je m'en suis excusé à genoux! Elle a daigné me pardonner !
Mais le frère?
LE PRINCE
Jouez donc, princesse... mais ne coupez pas mon roi !
BOLESCO, inflexible.
C'est fait!
DOMINOIS.
Le frère!... C'a été plus difTicile! Il m'a remboursé ce qu'il me devait... avec violence! c'est un brave cœur!... Enfin, tout est fini. Cette aventure donne même à notre fête un certain piquant qui ne la dépare pas, au contraire: on en parle beaucoup.
LA PRINCESSE
Et c'est la femme légitime qui est intéressante, ce qui n'arrive pas tous les jours.
DOMINOIS.
C'est une viclime. princesse, une véritable victime.
LA PRINCESSE
Oh! les femmes sont toujours un peu victimes.
LE PRINCE, qui a jeté une carte.
Ah! pardon! vous me faites prendre le pique pc^ur le trèfle.
BOLESCO.
La carte est jetée!
Vous êtes sévère!
BOLESCO.
Inflexible au jeu !
LE PRINCE
Je vous supplie, princesse, de ne plus causer.
D CM I N 0 1 s .
Je sais bien que l'on pardonne beaucoup aux artistes ; mais votre Tristan a été un peu léger.
LA PRINCESSE
Il croyait sa femme dans la Gironde.
DOMINOIS.
Ce n'était pas une raison pour venir chez moi avec sa maîtresse.
LA PRINCESSE
Et moi qui ai eu des relations presque intimes avec cette demoiselle!...
BOLESCO.
Ce n'est pas une demoiselle, il paraît qu'elle est mariée de son côté.