‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 259 sur 307 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Je le vois bien. C'est à qui le témoignera le plus de sympathie. On t'admire plus encore quon ne te plaint. On aime, en France, les femmes vaillantes.

Aujourd'hui, au moins, ma situation est nette.

LUCIEN

Tout ce qu'il y a de plus net. Je suis allé, ce matin, chez cet excellent M. Duqueylard : deux heures après, toutes les questions d'intérêt étaient réglées. Les notaires sont admirables quand ils veulent : il a toutes les autorisations nécessaires, en double et triple minute, c'est parfait.

HENRIETTE

Tu as revu M. de Morangis?

LUCIEN

Non, j'ai su qu'il l'epartait ce soir même. Tu ne seras plus exposée à le rencontrer. M. Duqueylard a ajouté avec son plus gracieux sourire que tu n'aurais plus qu'à demander une séparation pour la faire prononcer. Mais il pense qu'il y a intérêt à attendre, parce que tu pourrais obtenir mieux, si la nouvelle loi passait.

HENRIETTE

11 est bien bon, M. Duqueylard.

LUCIEN

II est très partisan du divorce — pas pour lui — mais il y aura beaucoup de contrats à faire, beaucoup d'autres à défaire. Tout s'embrouillera si bien dans les familles qu'on ne s'y reconnaîtra plus et son étude y gagnera. Voilà comment chacun juge à son point de vue. Mais il a peur qu'on hésite dans notre monde. Il voudrait un ou deux exemples venant d"un peu haut. Je n'ai pas répondu pour toi.

Tu aurais pu répondre, tu connais mes idées.

LUCIEN

Elles ont pu se modifier depuis deux jours.

HENRIETTE

Pourquoi? Rien n'est changé.

LUCIEN

Je t'avoue que je ne sais plus que penser.

HENRIETTE

J'ai subi hier une humiliation que je ne pourrai jamais oublier. — Mais je n'autoriserai pas le père de ma fille à se créer légalement, ailleurs, d'autres devoirs. Il restera seul responsable de ce qu'il lui plaira de l'aire; pour moi, je ne demande rien. — Ah! Suzanne!

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