‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 261 sur 307 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

SUZANNE

La dot convenait ; mon père m'a prise dans ses bras en me disant : Je croyais que tu ne te marierais jamais ! Je croyais que personne ne me demanderait jamais ma petite Suzon, parce que son père et sa mère lui avaient fait une position fausse. El il répétait à M. de Morangis : Si vous saviez ce qu'est le bonheur d'avoir une fille. Et il reprenait gaiment: Tu vas donc te marier, Suzon ? Et ton mari te rendra heureuse, toi, j'en fais mon affaire. Moi, je ne répondais rien, je pensais: Ce monsieur ne me conviendra peut-être pas.

LUCIEN

Ah!

SUZANNE

Mais je n'aurais pas voulu troubler la joie de mon père. La porte s'ouvre et l'on apporte une autre lettre de la même dame. Elle priait de regarder comme non avenue celle qu'elle avait écrite le matin. Le jeune homme me trouvait toujours charmante, mais des considérations qui ne m'étaient pas personnelles... Papa avait compris. Il s'est déUjurné de moi et il a éclaté en sanglots. M. de Morangis lui a pris la main et s'est détourné aussi : « Pauvre ami, lui disait-il, pauvre ami 1 » Alors j'ai essayé de consoler papa! Je lui ai expliqué que je ne voulais pas me marier... ce qui est vrai; j'ai ajouté que je serais majeure dans trois ou quatre ans et qu'alors je n'irais plus chez mes parents Duminois, que je me partagerais entre ma mère et lui — et que, s'il voulait bien, je ne me partagerais pas. Il ma embrassée sans me répondre. Je sens encore ses larmes couler sur ma figure. Il m'a accompagnée jusqu'ici, mais nous n'avons plus dit un mot ni l'un ni l'autre. — A présent, madame, je vous promets que je vais faire tout ce que je pourrai pour être gaie à la fête de votre petite Geneviève.

HENRIETTE, à part.

Geneviève! voilà les douleurs qui nous attendent un jour, elle et moi.

LUCIEN

Mademoiselle, je ne comprends pas les appréhensions de M. de Rochelin. Il peut cire sur que les prétendants à la main de sa fille ne manqueront pas ; je crois même au contraire qu'il faudra se hâter, et si vous ne vous y opposez pas, j'irai demain vous demander à monsieur votre père.

SUZANNE

Vous!

LUCIEN

Ce serait déjà fait si des questions d'intérêt qu'Henriette connaît bien ne m'avaient interdit jusqu'à présent de me marier. Elles ont été réglées aujourd'hui.

HENRIETTE

Il vous dit vrai, Suzanne.

SUZANNE

Vous pensez à la joie que vous feriez à mon père.

LUCIEN

Je pense que je vous aime, Suzanne, et que si vous consentiez à de^enir ma femme, vous m'auriez donné le seul bonheur que je rêve depuis que je vous ai vue.

Mon Dieu ! madame, je ne sais que répondre.

HENRIETTE

Pensez-vous que vous aimerez Lucien ?

SUZANNE

Si je l'aimerai 1

HENRIETTE

Eh bien, ce sera aussi mon vœu le plus cher qui sera réalisé, (pius Mas.) Venez, toutes ces émotions vous brisent.

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