SCENE II JEANNE, SAINT-HIGARD
SAINT-HICARD, ouvrant la porte du fond, et entrant comme s'il n'y avait personne.
Oh ! pardon, madame, pardon.
■j EANNE.
Monsieur de Saint-Hicard !
SAINT-HICARD.
Je suis désolé, madame, désolé qu'on m'ait laissé entrer ainsi.
JEANNE
C'est moi, monsieur, qui suis confuse de vous recevoir dans ce costume.
SAINT-HICARD
Je vous croyais occupée à votre toilette, et j'en ai conclu étourdiment que je pouvais attendre M. de Lormel dans ce saloQ.
Vous avez à parler à mon mari?
SAINT-HICARD.
C'est lui. au contraire, qui est venu deux fois chez moi
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ce soir, mais nous nous retrouverons au bal et je ne veux pas vous condamner à me recevoir.
JEAN N E
Vous savez bien que je ne me gênerais pas avec vous.
SAINT-HICARD.
C'est là mon excuso. Je n'en abuserai pas.
Il fait mine de se retirer.
J K A N N E, très afTeclueuse.
Nous ne sommes pas de très vieux amis, monsieur, mais ma belle-mère m'avait si souvent parlé de vous...
SAIXT-H I G A R D. revenant et déposant son chapeau.
Vraiment? La baronne de Lormol n'a pas oublié?
JEANNE
Vous avez été un de ses danseurs favoris quand elle était demoiselle.
SAINT-HICARD.
Oui. Il paraît que personne n'a jamais valsé plus en mesure que moi. Cela m'a valu dans le monde les seuls succès dont je puisse m'enorgueillir. On me recherchait comme métronome.
Elle ne vous a pas perdu de vue, et elle nous demandait dans sa dernière lettre si vous étiez marié.
SAINT- HICARD.
Je n'ai jamais eu l'aplomb nécessaire pour demander à une femme si elle consentirait à m'épouser. Cela me paraît le comble de l'outrecuidance.
JEANNE
On le fait demander.
SCHNE DEUXIEME
SAINT-HICARD,
Mais après, je n'en aurais été que plus embarrassé. J'ai été notaire douze ans. Tous les notaires se marient, c'est dans le règlement. Il faut avoir une femme pour donner de la confiance aux clientes. Je n'en ai pas eu besoin, moi, mon physique m'a suffi. J'ai l'air grave naturellement, .lamais notaire n'a reçu tant de confidences délicates. Je n'étais pas dangereux; et alors... cela m'a permis de faire fortune très vite, et de revendre mon étude à mon premier clerc qui s'est marié le lendemain.
JEANNE
Eh bien! ce que vous me dites là me fait un grand plaisir !
SAINT-HICARD.
Vraiment, madame?
JEANNE
Je m'imaginais que vous étiez un célibataire endurci, et comme vous êtes très lié avec mon mari...
Vous supposiez que je lui donnerais de mauvais conseils?
JEANNE
Oh! non, seulement André était toujours resté en province avec sa mère, dans un château très beau, mais fort triste. Il ne connaît Paris que depuis noire mariage. Moi, j'ai plus d'expérience, j'ai été élevée aux Oiseaux. Je suis heureuse de voir près de lui un Parisien qui regrette do ne pas être marié, c'est si rare ! Je vous assure, monsieui' de Saint-Hicard, que je vous aime beaucoup.
SAINT-HICARD.
Madame...
FAN N Y , revenant.
Madame, voici la robe.
JEANNE, avec joie.
Enfin 1 — (a saini-Hicard.) Vous m'excusez?