‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 95 sur 307 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

DINDOXNETTE.

Là, un prince très comme il faut m'a offert sa main. — Je l'ai acceptée.

LIONEL

Un prince !

DINDONNETTE.

Là-bas, ça s'appelle khan; mais j'aime mieux prince, pan c que prince fait princesse, tandis que khan...

LIONEL

Ferait khanne !

DINDONNETTE, rimitant.

Oui, Beautiran, me voilà donc princesse ! — Mais le Béloutchistan est encore moins amusant que l'Egypte. J'ai décidé le prince à venir à Paris.

LIONEL

Parfait ! parfait !

DINDONNETTE.

Seulement il ne faudrait pas qu'on m'appelât Dindonnetle devant lui.

LIONEL

Ah ! non, ah! non.

DINDONNETTE.

Il est jaloux comme un sauvage.

LIONEL

Sapristi ! vous devriez prévenir vos anciens amis.

DINDONNETTE.

C'est ce que je fais.

LIONEL

Avertissez vite tous ceux qui pourraient vous tutoyer par distraction, comme moi .

Je suis en course pour cela.

LIONEL

Ce sera h aig.

DINDONNETTE.

Insolent ! (L'imiiant.) Eh bien ! Beautiran, vous seriez stupéfait si je vous montrais ma liste.

LIONEL

Ah ! vous avez?...

DINDONNETTE.

Pour mes adresses. — Elle n'est pas plus longue que ça,

LIONEL, fat.

Tant mieux. — Alors, vous venez avertir le sous-préfet?

DINDONNETTE.

Quel sous-préfet?

LIONEL

Le fils Pontorson.

DINDONNETTE.

Il a un fils?

LIONEL

C'est donc le papa?

DINDONNETTE, avec dignité.

Pour qui me prenez-vous?

LIONEL

Oh ! très bien ! très bien !

DINDONISETTE.

Jo viens demander l'adresse d'un fumiste, mon cher.

LIONEL

Bravo! — bravo! — Eh bien! princesse, vous tombez mal, car aujourd'hui le papa Pontorson marie sa fille.

DINDONNETTE.

Il a une fllle?

LIONEL

Une fille charmante.

DINDONNETTE.

Tiens, liens, tiens! C'est donc un homme tout à fait

posé?

LIONEL

Je crois bien. — Candidat à l'Académie des sciences morales.

DINDONNETTE.

Lui! (a i.ari.) Alors, je suis tranquille; il ne m'appellera plus Diudonnette.

LIONEL, galant.

Et... que comptez-vous faire à Paris, princesse?

Je compte aller dans le monde.

LIONEL

Ah! ah! mais dans lequel?

Comment, ah ! ah ! — Mon cher, pendant trois semaines, on m'a prise à Bourbonne...

LIONEL

Ah : c'était à Bourbonne?

DINDONNETÏE.

Pour une petite demoiselle candide..., et on m'a l'ait la cour avec des ménagements!... et des yeux en coulisse!... et des bouquets de deux sous! — Oh! que c'était drùle!

LIONEL

Et avez- vous faibli?

D I N D 0 N N E T T E , passaiU à Jroile *.

Tiens! cette bêt... — Vous êtes bien curieux. — .J'avais en face de mes fenêtres un bon jobard, un joli fat, sur le retour, sur le troisième retour. Il porte un corset et joue de la guitare. — Paul Bourgueil.

LIONEL

Paul Bourgueil!

DINDONNETTE.

Vous le connaissez?

Mais non, mais non, pas du tout. Tu me recommanderas. (se reprenant.) Vous iiic recommanderez.

DINDONNETTE.

A Paul? non, mon cher, non. Nous ne nous rencontrerons plus dans le même monde; il ne voit que des cocottes.

* Lionel, Dindonnette.

ACTK T'REMIFU 157

LIONEL

Alors, vous espérez sérieusement... être admise dans la haute société?

DINDONNETTE.

Avec le prince, partout, mon cher. — Je connais mes petits Parisicms, moi. — Le prince a demandé au consul une trentaine de noms connus, — ce qu'il y a de plus chic dans la politique et les arts. — J'ai recopié la liste de mes blanches mains, et il leur apporte, avec des brevets en blanc, des décorations de là-bas.

LIONEL

Eh ! eh !

DINDONNETTE.

Au nom de son gouvernement, l'ordre du Pélican bleu, — jaune et azur. — Ça se porte à la boutonnière, — ou en sautoir, c'est plus joli. C'est fort joli. Nous serons très bien reçus, Beauliran.

LIONEL

Et comment se nomme votre époux fortuné ?

DINDONNETTE.

Mon époux fortuné se nomme Kara-Hissar-Khan.

Je l'ai vu ce matin.

DINDONNETTE, iiKiuièlc et étonnée.

Vous?

LIONEL

Et il m'a offert, au nom de son gouvernement...

Il lire de sa poche une croix avec un ruban jaune et bleu.

DINDONNETTE.

Ah! mon Dieu !

Elle cherche Tivenient dans sa poche.

LIONEL

La croix du Pélican bleu.

DINDONNETTE, effarée.

Je me suis trompée de liste !

LIONEL

Ah bah !

DINDONNETTE.

Je lui ai donné la mienne.

LIONEL, riant aux éclats.

Alors, il porte la croix à tous ceux qui?...

Ah ! mon ami, quel accident !

LIONEL, riant.

Il lui en manquera.

DINDONNETTE.

Vous riez, vous?

LIONEL, se roulant sur le canapé.

Un peu, un peu, s'il vous plaît.

DINDONNETTE.

Il ne s'y reconnaîtra pas, j'ai mis des accolades.

LIONEL

Des accolades !

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