SCÈNE V PÉTUNIA, puis .lOBELIN
PÉTUNIA, seule.
Eh bien, elle est forte, madame !... et voilà monsieur qui me fait des compliments!
JOBELIN, entrant du fond avec une bouteille et un bouquet de roses.
Marjavel est-il chez lui ?
PÉTUNIA.
Monsieur Jobelin !... Je vais le prévenir de votre arrivée.
Elle sort, par le pan coupé gauche.
JOBELIN, seul; il di^iose le bouquet el la bouteille sur le divan.
Je viens souhaiter la fête à Marjavel ; c'est une habitude que j'ai contractée du temps de sa première femme... Je
ne puis entrer dans ce salon sans être ému... Il m'est permis de jelei' un regard mélancolique sur le portrait de cette pauvre ^Mélanie. (s'adressani au poruait d'Hermance.) On t'a remplacée, pauvre femme!... au bout d'un an et trois jours!... On oublie si vite... ô époque voltairienne ! (Aiiam au portrait, le regardant.) Mais me voici, moi... (s'arrèiant.) Ah ! uou, c'est la
seconde... (n retourne le portrait, côté Mélanle.) Me VOici ! je vlcnS
accomplir mon pieux pèlerinage... chère Mélanie!... nous
t'ÙmeS bien coupables. (S'adressam au portrait de Marjavel qui est de l'autre
côté.) Nous t "avons trompé, Marjavel !... homme excellent!... homme parfait!... homriie admirable !... Je n'ai pas de remords, parce que je me répons... (ii revient en scène.) Et, si je me repens, c est qu'elle n'est plus là... Sans cela!... pauvre amie!... c'est moi qui ai suggéré à Marjavel l'idée de la faire peindre derrière l'autre... La dernière fois que nous nous vîmes, nous étions en fiacre... elle avait une peur d'être reconnue qui la rendait charmante... elle se cachait derrière un évcnlail qu'elle était censée avoir gagné à la loterie... La loterie, c'était moi !... Pauvre
enfant! tout me la rappelle ici... (U soupire en regardant le
divan, puis va à la cheminée.) J'avais cu l'idée machiavélique d'offrir à Marjavel cette pendule à tète de cerf... pour sa fête. C'est là dedans que nous cachions notre correspondance... (il ouvre.) Hein ?... un billet, un ancien qui est resté... (n ouvre le billet, et vient en scène.) Quelle imprudence!... écrit d'une main tremblante... c'est bien ça... elle tremblait toujours. (Lisant). « Un grand malheur nous menace... le cocher du fiacre nous a reconnus, il nuus épie, il porte le n°2H4. Tâchez de le voir... j'ai le pressentiment que ce fiacie nous portera malheur. » (pario.) Elle était hébété avec ses pressentiments!... Je me rappelle qu'un jour elle avait rêvé d'un chat noir... et elle prétendait que c'était le commissaire de police.
PÉTUNIA, entrant.
Monsieur Marjavel vous attend.
Elle Borl par la diolte.