SCÈNE V
Vous perdez votre femme avant de la comprendre.
Vous n'avez pas laissé sa tendresse s'épandre;
Et vous n'avez pas vu, vous qui raillez nos pleurs,
Ce que son ironie étouffait de douleurs.
Quand on le méconnaît, notre amour se déguise;
Quand on l'outrage, il meurt. Vivez à votre guise,
Maintenant, sans souci du bonheur envolé.
BRION *
Elle m'aimait!
SUZANNE
Pardon, vous cherchiez?...
BRION, étourdiment, montrant le secrétaire.
Une clé.
Elle m'aimait! voilà pourquoi ma femme plaide.
SUZANNE
Vcus cherchez une clé, souffrez que je vous aide.
Elle remonte.
BRION ^î^*.
Voyez comme d'un mot tout s'est vite éclairci; On m'aime ! si Dargis le savait !
SUZANNE, qui a trouvé la clé en soulevant une enveloppe de lettre dans une coupe sur la cheminée.
La voici.
Vous cherchez mal, monsieur, quelque chose vous trouble.
BRION
.Madame, excusez-moi, mon angoisse redouble.
Voulez- vous un conseil?
BRION, tendant la main pour avoir la clé, avec douleur.
J'arriverai trop tard.
* Brion, Suzanne.
Suzanne, Brion.
SUZANNE, sans le remarquer, jouant avec la clé.
Croyez-moi, subissez votre échec à l'écart, Restez.
BRI ON, tendant toujours la main.
Dargis est seul.
SUZANNE, «le même.
Faut-il donc qu'on lussisto?
BRION
II plaide ce procès étrange, à l'improviste.
SUZANNE
Étrange! vous trouvez?
BRION
Inutile, plutôt.
S'apprôlant ,i recevoir la clé.
Nos femmes ont toujours jilus d'esprit qu'il n'en faut Pour nous mcllre à leurs pk'ds, en s'en donnant la peine.
SUZANNE, se posant devant lui.
Quoi ! monsieur, c'est à nous de forger votre chaîne?
BRION
Non, non, mais je voudrais cette clé.
SUZANNE
Celle-ci ?
Faisant queli|ucs pas.
C'est juste, il faut ouvrir ce meuble.
BRION, vivement *.
Oh! non, merci.
SUZANNE, 6lonn6e.
J'ai cru qu'il s'y tioiivait quelque argument suprême. Pourquoi cherchez-vous donc la clé?
BRION
Pour elle-même.
* Brion, Suzanne.