ACTE DEUXIEME
fauteuil.), comme s'il en avait cent mille, et il n'est jamais content.
Vous avez dîné ici, Gervasson ?
GERVASSON, assis à une table de jeu.
Non; c'est papa. Moi, j'ai dîné chez maman. C'était mon tour de garde.
MAXIME
Ah ! baron, vous étiez en face de moi.
LE BARON
J'avais cet honneur.
MAXIME
Signez-vous ma plainte.
LE BARON
Jamais. Pourquoi voulez-vous que je me plaigne? Je me trouve très bien ici. J'ai de grands salons, parfaitement aérés, des tapis moelleux, des divans orientaux, des journaux de tous les coins du monde, une bibliothèque superbe, une table excellente à mon humble avis, une livrée princière toujours à mes ordres, sans compter les hommes d'esprit, les gens aimables, les joueurs qui perdent galamment leur argent, et les âmes charitables qui se chargent d'amuser la galerie. Mais rien ne vaut le club.
Si c'est pour vous une famille...
LE BARON
Une famille charmante, à laquelle je ne dois rien et qui n'attend rien de moi.
GERVASSON.
Égoïste 1 si maman l'entendait!
Très bien. Et toi, Abel, signes tu?
ABEL
Moi, je suis de la grande catéi;orie des satisfaits, section des gens qui digèrent.
MAXIME
Parfaitement! (Apercevant Pibrac qui parait, au fond, avec un air pro-
fondémont ennuyé.) Ah! Pibrac! Vous avcz dîné au club?