ACTE DEUXIÈME
Oui et non. Nous allons, si vous le voulez bien, le lire ensemble.
LE BARON, vivement, en remontant.
Je m'y refuse tout à fait.
ROGER, souriant.
Vous savez d'où il vient. Permettez-moi d'insister. Nous ne devons pas laisser d'ombre sur une situation comme la nôtre. J'ai affirmé que je n'avais pas reconnu le domino qui a motivé cette querelle. Vous allez probablement en avoir la preuve. Je vous supplie de lire avec moi. (n iit.) « Jamais, monsieur, un galant homme n'a souffert qu'on insultât une femme à son bras; tout le monde trouvera étrange qu'après avoir pris ma défense comme vous le deviez, vous vous rendiez complice maintenant d'un outrage sanglant, en acceptant les excuses inqualifiables de M. de Morannes. »
LE BARON
Elle veut que nous nous battions.
ROGER
Il parait bien, (continuant.) « Je sais que depuis quelques semaines la vie doit vous paraître plus douce et plus précieuse que jamais. »
LE BARON
Une perfidie?
ROGER
Rassurez-vous : elle est très mal renseignée, (continuant.) « Aussi me serais-je abstenue de vous écrire, si je n'avais une foi absolue dans les sentiments chevaleresques qu'on vous prête. N'est-ce pas le moment de soutenir cette brillante réputation? Quoi qu'il arrive, je vous jure que je serai vengée. » (souriant.) Ai-je besoin d'ajouter, baron, que ce n'est pas un billet doux?
266 LE CLU B
LE BA BON
C'est une sommation avec menace, et elle se vengera, comme elle le dit. Pas sur moi, qu'elle sait très cuirassé^ mais sur vous.
ROGER
Comme il faut toujours répondre à une femme, je vais écrire que j"ai confié le soin de mon honneur à mes témoins, et que je n'ai plus ni à approuver, ni à blâmer ce qu'ils ont fait.
LE BARON
On ne peut mieux dire, mais vous ne l'aurez pas désarmée. Soyez prudent.
ROGER
Je vous répète, mon cher baron, que je n'ai rien à redouter, ni pour moi, ni pour d'autres, malheureusement.
LE BARON
Vous ne connaissez pas cette bonne madame de Morannes. Je vous jure que j'aurais mieux fait de vous donner un coup d'épée en pleine poitrine, que de vous exposer à ses rancunes, et voilà qu'il me prend des remords. Voulezvous que nous nous battions ?
ROGER
A présent, baron, moins que jamais, et je vous prie de me regarder comme votre ami le plus dévoué.
LE BARON
Monsieur de Savcnay, vous êles le plus galant homme que je connaisse.
Ils se donnent une poignée de main très cordiale, et se séparent. Roger ya au fond,