‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 251 sur 308 · ACTE TKOISIHMK · texte numérisé non relu

ACTE TKOISIHMK

nooKR.

11 faut l)ioii que je me batte, sauf à ne pas nie défendi-e. Tout est couNcnu. n'est -ci^ pas? à Yincennes, au lever du soleil?

PlItltAC.

Et dans les conditions sauvaj^es que tu nous forces à accepter.

Je ne veux rien refuser à M. de Mau\es, en ce moment. 11 n"a point reparu de la nuit; le marquis non plus, qui ne songeait guèi*e à sa fille. Je la voyais abandonnée et il me semblait qu'elle n'appartenait plus qu'à moi. Quelle femme, Pibraclquedï'clairs dans son regard! et que de révolte dans son sourire 1

Mais tu l'as bel et bien compromise?

ROGER

Kn lii faisant danser?

D'abord, et en l'accompagnant cbez elle.

En l'accompagnant! Le bal finissait; on pai'tait et elle allait rester la dernière; ils avaient même oublié de lui renvoyer sa voiture! Je ressentais tous les froissements quelle voulait cacher, je voyais les larmes sous ses paupières. On achevait d'éteindre les bougies, qui mouraient en jetant une lueur plus vive. Elle était là, attendant toujours... Que faire? Elle se lève enfin, pour envoyer chercher un fiacre: je l'avais devinée, un valet s'avance : « La voiture de madame la comtesse est là. » Je lui offre mon bras pour descendre : elle recule en reconnaissant mes giMis et nu; jette un regard ti'rriblc: je la rassure d'un mot. Elle monte dans mon coupé, je ferme la portière et je me retire. Alors, elle ine tend la

main. Je sens encore lempreinte de cette main, toute frissonnante d'émotion. Rien, dans mon existence, ne ressemble à l'ivresse de ce moment-là. Je suis parti comme un fou, au hasard, j'avais besoin d'air, j'avais besoin du soleil levant et des oiseaux du matin, j'ai remonte les Champs-Elysées, je me suis arrêté au bord du lac, je me suis perdu dans les sentiers couverts, et là j'ai tracé son nom sur Je sable, comme un enfant.

Et le voilà au septième ciel, parce qu'il a écrit le nom de sa bien-aimée sur le sable. 11 ne m'a même pas demandé des nouvelles de ma femme. Il ne pense qu'à lui. Égoïste!

ROGER

Je vais la revoir et je suis étonné qu'elle ne soit pas déjà là. Je l'attends avec la fièvre.

On ne danse pas aujourd'hui.

ROGER

Non, mais je lui nll'rirai mon bras : c'est mon devoir de commissaire.

Et tu lui parleras de ton amour devant tout le monde, dans la foule?

Eh! mon ami, la foule, à Paris, c'est le refuge des amoureux,

Mais je ne veux pas que tu sois là quand elle cntiera : lu te traliirais.

ROGER

.Sois tranquille.

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