‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 8 sur 308 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HE RM ANGE.

Lequel?

MAR.IAVEL.

J'en inviterai un autre!

HERMAXCE.

Tu es injuste; hier, il a arrosé ton jardin jusqu'à neuf heures du soir, pendant que tu fumais ton cigare.

MARJAVEL.

Moi, je ne puis pas arroser, ça me fait mal aux reins. Mais après, pour le récompenser, j'ai fait son bésigue.

HERMANCE

C'est-à-dire qu'il a fait le tien!

MARJAVEL.

Pourquoi le mien plutôt que le sien?

HERMANCE

Il déteste le jeu !

MARJAVEL.

Lui?... alors, pourquoi me dit-il tous les soirs : « Eh bien, papa Marjavel, est-ce que nous ne faisons pas notre petite partie?... » Tu t'asseois près de nous avec ton ouvrage... alors ses yeux brillent... s'allument...

HERMAXCE, yivemenl.

C'est la vue des cartes.

MARJAVEL.

Parbleu ! je m'en suis bien 'aperçu ! Yeux-tu que je te dise ? Ernest est joueur! il n'aime pas les chevaux, il n'aime pas la table, il n'aime pas les femmes... du moins je n'ai jamais remarqué...

HERMAXCE.

Moi non plus!

MARJAVEL.

Donc, il est joueur! donc il finira mal!... Il faudra que je prévienne Jobelin, son oncle... Mais il ne s'agit pas de ça! Tu as vu Pétunia! L'astu?...

H ER M AN CE, à part.

Que lui dire?... (eUc court prendre \s petit paquet enveloppé que Pétunia a déposé sur un meuble.) MoU ami... permctS-moi?...

Quoi donc?

HEUMANCE, lui présentant une calotte.

C'est aujourd'hui ta fête... la Saint-Alphonse...

Une calotte !

HERMANCE. Elle arrache vivement l'éliquelle qui pendait après.

Brodée par moi, en cachette.

MARJAVEL, l'embrassant.

Ah ! chère amie ! que tu es bonne !

HERMANCE

Et comme tu t'enrhumes souvent du cerveau l'hiver...

MARJAVEL.

C'est vrai... Ça me grossit le nez.

J'ai fait ouater l'intérieur avec de l'édredon...

MARJAVEL, épanoui.

De l'édredon !... Elle m'entoure d'édredon ! ma parole, il n'y a pas sous le ciel un homme plus heureux que moi !

Avec ma première femme ( Hermance remet la calotte sur le petit

meuble.), c'était la même chose... J'ai une chance de... pendu!

(Tendrement.) Ilcrmance... (Hermance vient près de lui.), tU u'aS paS

affaire à un ingrat, et, ce soir... j'irai lire mon journal dans ta chamhic.

H E R M A N C E , baissant les yeux.

Tais-toi donc !

MARJAVEL, la lutinant.

Tu ne veux pas que j'aille lire mon journal dans ta chambre?... Dis-le donc! dis-le donc!... Ah! tu ne le dis pas!

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