ACTE PREMIER
EVELYNE.
C'est une garantie de bonheur.
OSCAR
Vous trouvez?
EVELYNE.
Et mon ami Léonie, que je n'ai pas revue depuis le couvent, vient de se marier avec un homme sérieux.
OSCAR
Authentique aussi?
EVELYNE.
Oui, monsieur. Il était clerc de notaire à Nimes, chez son père, qui lui cède son étude.
OSCAR
Le fils Du plantain? Il a quarante-cinq ans!
EVELYNE.
J'avais pris un mari vertueux, jeune; Léonie le prend vieux, mais cela revient au même.
OSCAR
Oh! mon Dieu, oui.
EVELYNE.
Il a toujours mené une conduite exemplaire...
OSCAR
Étonnante! Il n'a jamais eu que la volonté de son père, il n'est jamais sorti sans son père qu'il appelle encore papa!
EVELYNE.
Ce sont là des garanties de bonheur. J'espère que vous serez convenable devant ce jeune ménage?
OSCAR
Il faudra m'extasier?
EVELYNE.
C'est la moindre des choses.
OSCAR, gaiment.
Vous êtes adorable !
Il lui prend les mains et les embrasse, avant qu'elle ait pu s'en défendre. CÉLESTIN, sur le mur.
Eh bien! vous embrassez les mains de ma femme?
OSCAR, vivement.
Nous jouons, mon cousin !
EVELYNE.
Oh! ne soyez pas jaloux, Célestin.
CÉLESTIN
Je ne suis pas jaloux... Je crois que le volant est resté sur le mur.
Il continue à chercher en se traînant avec peine sur le mur. OSCAR, à mi-voix.
Il ne sera jamais jaloux, jamais!
EVELYNE.
Parce qu'il n'a que de bons instincts.
Célestin toujours sur le mur disparaît derrii-re les arbres. OSCAR.
Tandis que moi... Eh bien! non, non, non, c'est moi qui ai du mérite, c'est moi qui suis excellent! Je vous adorais, vous ne l'avez pas voulu!... Je vous ai gardé une affection violente et désintéressée. 11 me suffit de vous voir! Je donnerais tout au monde, tout, pour vous savoir heureuse, même avec un mari!... C'est béte! mais avouez que c'est beau, à force d'être bête!
EVELYNE.
Ce sont des sentiments que je ne peux pas vous reprocher