‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 233 sur 324 · OÙ · texte numérisé non relu

OÙ

MITON

Dans le monde.

JAVOTTE

Pourquoi ?

Es- tu sotte?

Pour lui montrer ce que j'ai fait de toi. Voilà mon œuvre; elle est finie.

Par la force de mon génie, Par la puissance de mon art, Je vaincs toutes les résistances, Je supprime les dislances, Et corrige le hasard.

Tu verras à tes pieds la robe et la finance,

Les grands seigneurs chamarrés d'or, Et mieux encor, Si nous avons de la chance.

11 a suffi d'un ruban A la belle de Fontanges ; Madame de Montespan Pas plus que toi ne descendait des anges. Elles ont eu le bonheur peu commun De surprendre le cœur du Roi-Soleil à jeun.

JAVOTTE, qni 1 écouta il tout ébahie.

Mais, moi, monsieur, j'aime quelqu'un.

MITON

Qui? quelqu'un! Quoi? quelqu'un! Quelqu'un!... La belle

[affaire.

JAYOTTE.

C'est lui que je préfère.

MITON, se niellant peu à peu en colère.

Quelqu'un ?... Vous avez fait cet effort de bon goût.

Parbleu ! quelqu'un n'est pas un oiseau rare.

Quelqu'un! cela peut se trouver partout. Ah! vous aimez quelqu'un, ainsi, sans crier gare!

JAVOTTE

Voilà longtemps que nous nous connaissons...

MITON, furieux.

Et mes leçons ?

JAVOTTE

Je lui serai fidèle.

MITON

Ingrate !

JAVOTTE

Et je n'épouserai qu'un simple paysan.

MITON, exaspéré.

Un paysan ! Je sens que ma colère éclate. Va -t'en! va-t'en! va-t'en!

Elle se sauve. — Il la suit en la menaçant de son violon, qui tombe sur la tête de Philomële au moment où elle entre par la première porte à droite, suivio de ses sœurs.

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