SCÈNE VI11 LA MARQUISE, MITON, LE MARQUIS
LE MARQUIS, entrant très visiblement ému, sans voir personne, et appelant.
Ma femme!
LA MARQUISE
Me \ oici .
LE MARQUIS
Allez chercher Miton.
MITON, s'avançant.
A vos ordres.
LE MARQUIS
Merci.
Où sont mes filles?
LA MARQUISE, très embarrassée.
J'aurais voulu vous prévenir avant, Mais, pour quelques peccadilles, Je les renvoie au couvent.
LE MARQUIS
Tant mieux! Tout est fermé? Rien ne peut nous distraire?
LA MARQUISE, le regardant.
Le roi vous a mal reçu?
LE MARQUIS
Au contraire.
LA MARQUISE
Pourtant vous êtes ému.
LE MARQUIS
Ecoutez-moi. J'entre avec grâce, Je marche; — mon chapeau tombe, — je le ramasse; Tous mes membres restent glacés.
Mais je montre du caractère, Je m'incline jusqu'à terre.
A Miton.
Je suppose que c'est assez ?
Miton fait un signe approbatif.
Alors, avec un sourire, Et d'un air affectueux, Quoique toujours majestueux,
Le grand roi daigne me dire :
« Marquis Othon de Moncontour
» De Labotardais et d'Arvèze...
— Il sait tous mes noms! - Je suis aise
» De vous voir à ma cour. »
Je cherche à m'incliner plus bas — en pure perte.
Cela me déconcerte. « Vous avez, » — reprend-il d'un air plein de bonté, Quoique toujours rempli de majesté, — « Beaucoup d'enfants? » — Sire, j'ai quatre filles. — J'aime les nombreuses familles.
— J'en aurais voulu six.
— Mais vous avez un fils ?
Et son ton voulait si bien dire :
Je le désire, Que je répondis : « Oui, sire. »
Bail !
LA MARQUISE
Vous avez dit au roi?
LE MARQUIS
J'ai dit : « Oui, sire. »