‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 248 sur 324 · SCÈNE VI11 LA MARQUISE, MITON, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE VI11 LA MARQUISE, MITON, LE MARQUIS

LE MARQUIS, entrant très visiblement ému, sans voir personne, et appelant.

Ma femme!

LA MARQUISE

Me \ oici .

LE MARQUIS

Allez chercher Miton.

MITON, s'avançant.

A vos ordres.

LE MARQUIS

Merci.

Où sont mes filles?

LA MARQUISE, très embarrassée.

J'aurais voulu vous prévenir avant, Mais, pour quelques peccadilles, Je les renvoie au couvent.

LE MARQUIS

Tant mieux! Tout est fermé? Rien ne peut nous distraire?

LA MARQUISE, le regardant.

Le roi vous a mal reçu?

LE MARQUIS

Au contraire.

LA MARQUISE

Pourtant vous êtes ému.

LE MARQUIS

Ecoutez-moi. J'entre avec grâce, Je marche; — mon chapeau tombe, — je le ramasse; Tous mes membres restent glacés.

Mais je montre du caractère, Je m'incline jusqu'à terre.

A Miton.

Je suppose que c'est assez ?

Miton fait un signe approbatif.

Alors, avec un sourire, Et d'un air affectueux, Quoique toujours majestueux,

Le grand roi daigne me dire :

« Marquis Othon de Moncontour

» De Labotardais et d'Arvèze...

— Il sait tous mes noms! - Je suis aise

» De vous voir à ma cour. »

Je cherche à m'incliner plus bas — en pure perte.

Cela me déconcerte. « Vous avez, » — reprend-il d'un air plein de bonté, Quoique toujours rempli de majesté, — « Beaucoup d'enfants? » — Sire, j'ai quatre filles. — J'aime les nombreuses familles.

— J'en aurais voulu six.

— Mais vous avez un fils ?

Et son ton voulait si bien dire :

Je le désire, Que je répondis : « Oui, sire. »

Bail !

LA MARQUISE

Vous avez dit au roi?

LE MARQUIS

J'ai dit : « Oui, sire. »

Page 1