ACTE PREMIER
LA MARQUISE
Et pensez-vous que j'y consente?
LE MARQUIS
Quand j'aurais un fils?
LA MARQUISE
Malgré moi?
LE MARQUIS
Tous les deux.
LA MARQUISE
Jamais.
LE MARQUIS
Oh! pourquoi?
Marquise, soyez indulgente, Et ne vous fâchez pas trop haut, Le roi dirait que je me vante ; Ayons un fils puisqu'il le faut.
Je perdrais mes grandeurs en herbe ; Me feriez-vous ce déplaisir ?
Ayons un fils, nous le prendrons superbe, Puisque nous pouvons choisir.
Il est bien d'avoir quatre filles ; C'est une assez belle moisson.
Mais, croyez-moi, dans les familles, Rien n'est flatteur comme un garçon.
Voyez-le, gracieux, imberbe, Jeune, élégant, fait à plaisir!
Ayons un fils, nous le prendrons superbe, Puisque nous pouvons choisir.
LA MARQUISE
Je ne choisirai pas et je ne veux personne.
LE MARQUIS
Songez donc aux grandeurs que cet enfant nous donne!
LÀ MARQUISE
Trouvera-t-on naturel
Qu'un fils nous tombe du ciel?
LE MARQUIS
C'était un fils oublié.
LA MARQUISE
Je proteste.
MITOX.
Il était élevé dans des pays déserts,
Pour le soustraire au contact si funeste De notre siècle pervers.
LE MARQUIS, satisfait.
Voilà.
Que dirais-je à mes filles?
Vous aviez un secret.
LE MARQUIS
Oui.
Les grandes familles Ont toujours un secret dans l'air, Témoin le masque de fer.
LE MARQUIS
Un fils masqué!... C'est un trait de génie.
LA MARQUISE
Et moi, monsieur, je le renie.