‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 250 sur 324 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LA MARQUISE

Et pensez-vous que j'y consente?

LE MARQUIS

Quand j'aurais un fils?

LA MARQUISE

Malgré moi?

LE MARQUIS

Tous les deux.

LA MARQUISE

Jamais.

LE MARQUIS

Oh! pourquoi?

Marquise, soyez indulgente, Et ne vous fâchez pas trop haut, Le roi dirait que je me vante ; Ayons un fils puisqu'il le faut.

Je perdrais mes grandeurs en herbe ; Me feriez-vous ce déplaisir ?

Ayons un fils, nous le prendrons superbe, Puisque nous pouvons choisir.

Il est bien d'avoir quatre filles ; C'est une assez belle moisson.

Mais, croyez-moi, dans les familles, Rien n'est flatteur comme un garçon.

Voyez-le, gracieux, imberbe, Jeune, élégant, fait à plaisir!

Ayons un fils, nous le prendrons superbe, Puisque nous pouvons choisir.

LA MARQUISE

Je ne choisirai pas et je ne veux personne.

LE MARQUIS

Songez donc aux grandeurs que cet enfant nous donne!

LÀ MARQUISE

Trouvera-t-on naturel

Qu'un fils nous tombe du ciel?

LE MARQUIS

C'était un fils oublié.

LA MARQUISE

Je proteste.

MITOX.

Il était élevé dans des pays déserts,

Pour le soustraire au contact si funeste De notre siècle pervers.

LE MARQUIS, satisfait.

Voilà.

Que dirais-je à mes filles?

Vous aviez un secret.

LE MARQUIS

Oui.

Les grandes familles Ont toujours un secret dans l'air, Témoin le masque de fer.

LE MARQUIS

Un fils masqué!... C'est un trait de génie.

LA MARQUISE

Et moi, monsieur, je le renie.

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