ACTE PREMIER
me retremper l'esprit et le cœur, il me semble inutile de raconter que je suis père de famille.
FRÉDÉRIC
Et on ne le devinerait pas.
PONTAUBERT.
Il faut me voir à Montauban.
FRÉDÉRIC
Dans la morte-saison?
PONTAUBERT, naïvement.
Oui. J'ai une femme charmante, qui n'a qu'un défaut particulier à la province. Elle tient à étonner son département. Elle m'a présenté pour la députation, — sur une liste indépendante. J'ai eu sept voix, mais mon nom a été sur tous les murs de Tarn-el-Garonne pendant trois semaines. Elle a fait élever sa fille au lycée de Toulouse, parce que c'est une nouveauté et qu'elle a pensé que cela ferait plaisir au Gouvernement. La semaine dernière, elle a vu sur une lettre de part le nom de Baptistin Pontaubert à côté de celui de Brichanteau; elle en a conclu qu'elle était cousine à un degré quelconque de ce Parisien effréné, dont les journaux mondains s'occupent si souvent, et elle m'a obligé à partir immédiatement, — pour la présenter. Elle est en bas dans un fiacre, avec sa fille.
FRÉDÉRIC
Vraiment?
PONTAUBERT.
Mais je tiens à voir Brichanteau, — avant, — pour le prévenir que j'ai une femme.
Vous savez qu'il ne reçoit jamais avant deux heures.
UN PARISIEN PONTAUBERT.
Oui, mais.
FREDERIC
Et rien au monde ne le ferait déroger à ses habitudes.
PONTAUBERT.
Vous, cependant?
FRÉDÉRIC
Moi, je ne compte pas.
PONTAUBERT, changeant de ton.
Vous êtes toujours son meilleur ami?
FRÉDÉRIC
Toujours... je suis gai, je ne le contrarie pas, et je ne lui apporte jamais de mauvaises nouvelles.
PONTAUBERT, gravement, baissant la voix.
Soyez sincère. Comment me recevra-t-il?
FRÉDÉRIC
Vous n'avez eu que de bonnes relations?
PONTAUBERT, fat.
A mon dernier voyage, je lui ai enlevé la petite Octavie.
Ne croyez pas ça. On n'enlève jamais personne à Brichanteau. Il est toujours parti la veille.
PONTAUBERT.
Vous me rassurez.
Et, d'ailleurs, tout Paris vous dira qu'il est très épris, en ce moment, de la belle Léa Folkani.