C.HRISTIANE
Oh ! jamais!
LE DOCTEUR
Je suis émerveillé do vous retrouver fraîche, forle, transformée ; il paraît que le climat des Pyrénées vous convient.
N'est-ce pas ? Et puis, je suis si heureuse !
LE DOCTEUR
Oh ! alors, tous les climats vous sont bons.
CHRISTIANE
Je le crois, car je me sens très bien à Paris, maintenant, — aujourd'hui surtout.
LE DOCTEUR
Il faut en conclure que les médecins n'entendent rien aux jeunes filles.
CHRISTIANE
Ce n'est pas ce que je prétends. Vous êtes très habile; vous m'avez ordonné les distractions, — c'est d'un bon médecin? cela.
L ]•: DOCTEUR
Nous ne voulons plus que vous viviez toujours seule, repliée sur vous-même, dans cette maison un peu sérieuse, un peu triste ])0ur vous. Il faut que vos dix-sept ans s'épanouissent en plein soleil. — Je l'ai dil à uKinsieur votre père.
CHRISTIANE
Aussi, dès mon arrivée, mon pèi-e m'a annoncé (|ue j'irais dans le monde cet hiver : qu'il me conduirait partout oîi il me serait agréable d'aller, (uonricue entre. — Si; lovant.) Ce sont mes fleurs ?
HENRIETTE
Oui, mademoiselle.
Ellf va ili'posf.T lo cnilon qui coiitieiil les (leurs sur le guéridon. LE DOCTEUR.
Et \()us allez au bal, ce soir?
CHRISTIAM-:.
Me le défendez-vous ?
LE DOCTEUn.
Je vous le prescris.
CHRISTIANE
C'est pour ma coiffure.
LE DOCTEUR
Faites comme si je n'étais pas là, je vous en prie.
CHRISTIANE, allant ai guéiidun à gauche et s'asscyant sur 1j canapé.
Voyons vite, puisque le docteur le [lermet. (a Henriette.) Avez-vous recommandé au cocher d'être exact ?
HENRIETTE
Oui, mademoiselle.
CHRISTIANE
.Je ^oudrais arriver la première.
HENRIETTE
Mais mademoiselle ne se doute pas qu'elle a beaucoup humilié le cocher.
CHRISTIANE
Moi?
HENRIETTE
En le forçant à conduire, liier, un monsieur ridicule. 11 est aristocrate, le cocher.
CHRISTIANE, prenant sa bourse et tirant uni; pièce d'or.
Eh bien, Henriette, allez lui dire que la personne qu'il a eu l'honneur de conduire hier lui envoie cela.
HENRIETTE
Vingt francs !
CHRISTIANE, souriant.
Puisqu'il a été humilié.
ïl va croire qu'il a mené un prince.
180 CHRISTIANE
C H R 1 •> T I A N E C'est ce qu'il faut, (llc.irietle s>n. — Au docteur qui est descendu.
C'est à l'hôtel de Folny que je vais.
LE DOCTEUR
Chez le comte de Noja ?
CHRISTIANE
Oui, c'est l'oncle d'Adrienne ; elle fera les honneurs de la fête avec sa mère. C'est elle qui m'a invitée. J'ai vite prévenu mon père, j'organise ma toilette, et je voudrais que tout le monde fût content autour de moi.
LE DOCTEUR
Alors le moment serait bon pour vous adresser une requête.
CHRISTIANE, se levant*.
Excellent !
Eh bien, je vais vous avouer que je venais un peu en solliciteur.
CHRISTIANE
Tant mieux. Que faut-il faire ? Dites vite.
LE DOCTEUR
Je ne vous demande que de m'appuyer auprès de M. votre ])ère.
CHRISTIANE, ovec embarras.
Auprès de mon père ?
LE DOCTEUR
J'ai accepté, sans beaucoup rétléchir, une mission délicate, et les grands financiers m'intimident toujours. Je sens si bien leur supériorité. Il s'agit d'un malheureux...
CHRISTIANE, vivement.
Je pourrais peut-être le secourir toute seule. * Cliiisllaiic, le docteur.