‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 141 sur 352 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LE DOCTEUR

Eh bien, pour les égoïstes, — qui sont des gens d'esprit, remarquez cela, et qui vivent très vieux — il n'y a au monde que des indifférents. Prenez un juste milieu.

e H R I ST I A N E , à Adrienue.

Me le conseilles- tu?

A IHU E N N E .

Oh! non, je t'aime mieux comme tu es.

LE DOCTEUR

Moi aussi, parbleu I

Quoi, vraiment, tous les gens d'esprit sont égoïstes?

LE DOCTEUR

Je ne dis pas cela. Je crois seulement que tous les égoïstes sont gens d'esprit.

A la bonne heure. — A ous ne me disiez pas, docteur, que vous êtes l'ami de mon oncle.

Son ami intime.

Était-il gai autrefois?

LE DOCTEUR

Follement gai ou absolument triste.

ADRIENNE, à Chrisliane.

Comme toi.

LE DOCTEUR

Extrême en tout.

ADRIENNEi

Alors, je m'explique pourquoi il m'adore depuis hief, c'est parce que, avant, il me détestait.

LE DOCTEUR, souiiai.t.

Vous, mademoiselle?

184 CHRISTIANE

ADRIENNE

Oh! aujourd'hui il est transformé. Son bal l'enchante; rien n'est assez beau, rien n'est assez brillant, rien n'est assez cher. Et il est gai, et il est bon, et il est distrait, et il m'embrasse! Oh! il m'aime beaucoup. Mais avant il me détestait, je l'ai compris, je l'ai vu, je le sais.

LE DOCTEUR

Une jeune fille de vingt ans ne sait jamais ce que pense un homme de quarante.

Pourquoi donc?

LE DOCTEUR, en saluant pour prendre congé.

Parce que c'est l'âge où nous devenons timides.

ADRIENNE

Ah!

LE DOCTEUR

Mesdemoiselles.

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