SCÈNE IV
Les Mêmes, BRIAC.
13RIAC, entrant.
Je vous dérange, mesdemoiselles.
188 CHRISTIANE
CHRISTIANE
Vous ne nous dérangez jamais, vous.
BRIAC*
Je serais venu plus tôt. — J'ai été retenu par un jeune gentilhomme que je ne savais pas si fort de mes amis. Je le rencontre partout depuis deux jours. C'est le fils du marquis de Kerhuon.
CHRISTIANE et ADRIENNE.
Ah!
BRIAC, regardant Christiane,
Vous le connaissez ?
CHRISTIANE
Oui.
Elle va à la jardinière, à gauche.
ADRIENNE
Christiane l'a vu quelquefois aux Pyrénées.
BRIAC
Il ne m'avait pas dit cela.
ADRIENNE, gaiement.
C'est qu'il est discret.
Ah ! (a paii.) Je comprends.
ADRIENNE
N'est-ce pas qu'il est très bien, M. de Kerhuon ?
BRIAC
Oh! très bien, parfaitement bien... (souriant.) et d'une amabilité... pour moi...
CHRISTIANE, montrant U bou|uet de roses.
Monsieur de Briac, qui est-ce qui m'a envoyé cela, ce matin ?
Oh ! les merveilleuses roses !
* christiane, Ad rien ne, Briac,
ACTR DEUXIÈME 189
BRIAC*
Je les ai trouvées, par hasard, en passant, et comme j'avais remarqué que votre jardinière est vide...
ADRIENNE
Tu ne laisseras pas ce magnifique bouquet dans une jardinière !
CHRISTIANE
Non, non. (a Briac.) Si vous saviez à quel honneur il est destiné !
BRIAC
Vraiment ?
Je fais, ce soir, mon entrée dans le monde.
BRIAC
Vous ?
CHRISTIANE
Je vais au bal.
BRIAC
Et où donc ?
CHRISTIANE
Chez le comte de Noja.
BRIAC
Hein?
ADRIENNE
Vous êtes étonné que Christianc soit invitée chez mon oncle ?
BRIAC
Votre oncle ! Ah ! oui, oui. Je n'avais pas pensé à cela, moi.
ADRIENNE
Au revoir, monsieur de Briac. (Aiiant à chrisiiane.) Comment te coifferas-tu ?
CHRISTIANE
Je ne sais, voilà ce qu'on m'envoie.
* Christiane, Briac, Adrienne.
190 CHRISTIANE
ADRIENNE
Des fleurs artificielles ! avec des cheveux comme les tiens ! Une rose du bouquet de M. de Briac, voilà tout.
CHllISTIANE.
Tu as raison.
A D lu K .N N E .
C'est que je suis engagée, moi : j'ai prévenu mon oncle qu'elle serait la reine du bal.
CHniSTIANE.
Elle ne se compte pas.
ADRIENNE, revenant vers la porte.
Et M. de Briac va t'inviter pour le premier quadrille.
BRIAC
Moi ? — Je ne danse jamais.
ADRIENNE, s'arrèlant.
Oh ! monsieur de Briac, vous avez valsé avec moi.
BRIAC
Oui, quand j'étais jeune.
ADRIENNE
Il y a trois jours. Vous l'avez oublié, c'est à recommencer. (En s'en allant.) Je VOUS promets pour ce soir la i)remière valse.
Mademoiselle !
ADRIENNE, fie la porte.
Première valse, mademoiselle de Jublains. Notez cela sur vos tablettes.