ACTE DEUXIÈME
lillIAC.
Non, certes.
Je n'y manquerai jamais. Christiane n'a aucun parent ; elle pourrait tout à coup se trouver seule : je crois le moment venu de la marier.
1! lU A c .
La marier ! marier Christiane !
Est-ce qu'on ne marie pas toutes les jeunes filles ?
BRIAC
Si... si... toutes... ou presque toutes. Mais Christiane !
MAUBRAY
Elle a dix-sept ans.
BRIAC
Elle a une santé si délicate.
MAUBRAY
Le docteur Solem pense, — et il voit juste, — qu'il faut arracher Christiane à son isolement forcé, dans cette maison, entre un père toujours occupé et une gouvernante souvent morose. Je l'ai consulté.
BRIAC
Nous lui donnerons, au moins, le temps de faire un choix.
MAUBRAY
Oh ! sur ce point, elle est un peu jeune pour qu'on s'en rapporte tout à fait à elle.
BRIAC
Ah!
MAUBRAY
Seulement, Christiane est habituée à prendre mes conseils pour des ordres, et je ne veux pas qu'on m'accuse d'avoir abusé de mon autorité. S'il était nécessaire de combattre quelques préventions, c'est sur vous que je compte, Priac,
Sur moi ?
Christiane subira plus facilement votre influence, (se levant.) Et j'cspère que votre vieille amitié ne me fera pas défaut. En deux mots, voici la situation de ma fille. Ma femme ne m'avait apporté que son nom, un des plus grands noms de France ; elle n'avait pas de fortune ; en l'épousant, je lui ai reconnu un million.
BRIAC, éloniié.
Vous ?
Elle est morte, et Christiane a hérité de sa mère.
BRIAC
Mais ce million vous appartient en équité.
Ce million appartient à ma lille, il lui sera intégralement compté le jour de son mariage.
BRIAC, stupéfait.
J'ignorais tout cela, moi.
Il est bon que vous le sachiez. — Vous voyez, Briac, que j'ai bien quelque droit do diriger le choix de Christiane.
BRIAC
Oui. — Il sera bien facile de marier mademoiselle Maubray.
MAHBRAY.
Pas aussi facile que vous le supposez. .le ne veux tromper personne. Que puis-jc promettre? Comment chiffrer ma fortune? Elle est la chance, elle est le hasard. Il faut que mon gendre comprenne bien cela ; il faut qu'il entre hardiment dans mon jeu et qu'il s'en fie à mon étoile. Il faut qu'il soit de notre monde.