ACTE TROISIÈME
ANATOLE
Étonnant. C'est un mot à replacer.
ACHILLE
Chez mon père. Tu me flattes, je vous prends tous à témoins, Anatole me flatte.
ANATOLE, arec émotion.
Tu sais si je suis toujours sincère.
ACHILLE
Non, non, tu es un vil flatteur.
ANATOLE, piqué.
Achille !
ACHILLE
Quoi ?
ANATOLE
Mon amour-propre est blessé.
ACHILLE
Sois tranquille, Anatole, il n'en mourra pas.
l'hUISSIER, annonçint.
Le baron et la baronne de Priynon.
ACHILLE, se dressant sur la pointe des pieds.
La petite baronne en rose... Elle est adorable, (a Anatole.) Je plaisantais, Anatole, je sais que tu ne me flattes jamais. (se rasseyant.) Seulement, depuis que je suis résolu à me marier, je me crois incapable de dire un mot drôle. .Te deviens idiot par anticipation.
ANATOLE
Charmant, charmant.
ACHILLE
Subir un accident, ce n'est rien. Mais l'attendre, savoir que tel jour, à telle heure, on sera atteint d'une femme légitime.
ANATOLE
Et chronique.
234 CHRISTIANE
ACHILLK, riant.
Et chronique! — Aiiiitolo me souffle. — Car je me marie, mes très cliers. — Oli ! le nom de la future est encore un mystère. — Je me marie sans rougir ; je suis de l'école d(> mon père; je considère le mariage comme un devoir social. Nous sommes des privilégiés, Anatole, nous devons avoir des enfants. Moi, je serais désoli' de n'être pas le fils de mon père, — c'est si commode.
ANATOLE
Charmant, charmant.
l'huissier.
M. Paul de .lolan.
ACHILLE, se levant.
Ah ! .lolan, l'Iiomme le plus spirituel de Paris.
ANATOLE
Il ne dit jamais rien.
ACHILLE
C'est ce qui a fait sa réputation. — (AUnni vitr la pauche.) Je voudrais bien voir le docteur.
ANATOLE, vivement.
A quoi bon? Puisque Aspasie va bien.
ACII I I.LE, s'an-èlant.
Comment le sais-tu?
ANA'IOLE, embarrassé.
Moi, je... j'ai rencontié sa fcmuK» de chambre.
ACii 1 i.i.i:.
Tu mens, .Anatole.
AN ATOI, !■:.
Achille!
ACHILLE
Tu veux me rassurer, Anatole.
ANATOLE
Je te jure...
L'HinssiEn.
M. et madame de Morangis.
Oh! la jolie madame Morangis. (Écoutant.) Eh bien, et Mérindol? Où est donc Mérindol?
l'huissier.
M. de Mérindol.
ACHILLE
A la bonne heure! — (ll va vers le vesUbule et rencontre le docteur.)
Ah! le docteur, (n le ramena en scène.) Eli bien, Aspasie?
LE DOCTEUR
Aspasie est sauvée.
ACHILLE, avec effusion.
Ah! ce cher docteur, j'étais dans une inquiétude mortelle.
LE DOCTEUR
Seulement, nous étions deux.
Anatole, inquiet, se rapproche du docteur. ACHILLE.
Deux médecins! quand je vous disais que ce serait grave!
LE DOCTEUR
Oh! l'autre était...
ANATOLE, lui serrant la main.
Ne me trahissez pas.
LE DOCTEUR, stupéfait.
Hein! le monsieur à Taile de perdrix!
ACHILLE, insistant.
L'autre était?...
LE DOCTEUR, reiîardant Anatole en souriant.
Un spécialiste.
ACHILLE
Ah!
ANATOLE
Pauvre jeune femme!
ACHILLE, le présentant.
Anatole de Ferruzac, un de mes bons amis.
LE DOCTEUR
Je l'ai bien vu.
236 CHRISTIANE
l'huissier.
Le duc et la duchesse de.Laurimas.
ACHILLE
La petite duchesse et le grand duc ensemhle! Ils ne se
rencontrent que chez les autres. (Apercevant Robert qui entre en scène,
toujours suivi de Briac.) J'cspèrc, mou cher comtc, que vous me ferez l'honneur d'assister à mon enterrement. Oh! ne vous alarmez pas; je veux dire, à l'enterrement de ma vie de garçon. — Lundi, au cabaret, vous trouverez là d'aimables débauchés, célibataires déterminés comme vous, et quelques maris, des revenants.
l'huissier.
Le marquis et la marquise de Léo.
ACHILLE, regardant.
La petite marquise en blanc. — Ravissante!
ANATOLE
Ravissante!
l'huissier.
Le duc de Yulurbe; 1\L et mademoiselle Maubray.
Il se fait un grand niouvenient. — Robert et Briac restent sur le devant à gauche, les jeunes gens renionlcnt tous vers le fond à droite. — La baronne et Adrienne accourent du salon bleu.