‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 201 sur 352 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

— Seulement, depuis que mademoiselle de Jublains m'aime, elle m'intimide encore davantage. Je n'oserai jamais être son mari.

ROBERT

Tu t'y feras. — As-tu beaucoup de malades?

LE DOCTEUR, ôtaiit ses gants, devant la cheminée''.

Oui, beaucoup, merci; du brouillard et du froid! C'est un temps excellent, — pour les médecins.

ROBERT

Tu as fait de nombreuses visites, ce matin?

LE DOCTEUR

Trente-deux.

ROBERT

C'est énorme.

LE DOCTEUR

Non.

ROBERT

As-tu été appelé pour des indispositions sérieuses?

LE DOCTEUR

Oui, oui, j'ai quelques cas intéressants.

ROBERT, redescendant vers la table.

On racontait tout à l'heure qu'une de mes danseuses d'hier s'était trouvée fatiguée.

LE DOCTEUR, descendant aussi.

Qui donc?

ROBERT

Mademoiselle Maubray !

LE DOCTEUR

Ah! oui, pauvre jeune fille!

Il s'.issied à droite de la table.

ROBERT, s'asseyant, à gauche, en face de lui.

C'est donc grave?

* Robert, le docteur.

268 CHRISTIANE

LE DOCTEUR

Oui. — (Robert porte la main à ses yeux.) RcSSCnS-tU deS lîiaUX

de tète?

ROBERT

Moi? Quelquefois. — Briac a rencontré M. Maubray, qui ne paraissait pas inquiet.

LE DOCTEUR, tenant la main de Robert.

Il est des choses qu'on ne peut pas dire à un père.

ROBERT

Ah!

LE DOCTEUR, le reganlant.

Tu as un peu de fièvre. C'est un léger regain que tu rapportes des tropiques, avec tes millions.

ROBERT

Tu n'oses pas dire la vérité au père ? Il est donc bien sensible !

LE DOCTEUR

Lui ? Oh ! mon Dieu, non, et si sa fille lui ressemblait, je répondrais bien de sa vie.

ROBERT, se levant.

Et tu n'en réponds pas?

LE DOCTEUR

Non.

ROBERT

Et tu condamnes ainsi d'un mut une enfant do dix-sept ans, que tu as vue hier au bal, chez moi, Ijelle, sourianle, épanouie ?

LE DOCTEUR

Qu'y puis-je ? — Tu n'as pas de plume ?

ROBERT, lui en donnant une.

C'est un terrible état que le tien. Tu es assez habile pour découvrir la mort sous cette apparence de vie, et tu ne peux pas la combattre. La médecine est un mensonge.

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