ACTE PREMIEU
GAVA UT
Parfaitement.
Nous sommes d'accord.
GAVAUT, reprenant et s'asseyanf. TOrence reprend également sa place ■'^.
Fondée en mil huit cent quarante-trois...
Ouverte en mil huit cent quarante-quatre.
G A VAUT sans s'interronipie, bas, à Térence.
Fondée en mil huit cent quarante-trois par Minard, que voici, et par moi, la maison Gavant, Minard et compagnie — nous avons mis et compagnie pour arrondir la phrase, — a élevé le coton à la hauteur d'un principe. Jeunes tous deux, célibataires tous deux, dès la seconde année, nous réalisions trente mille francs de bénéfice.
MINARD
GAVAUT.
MINARD
GAVAUT.
MINARD, se levant.
GAVAUT, se levant.
Vingt.
Trente.
Vingt.
Trente.
Minard !
TÉRENCE, vivement et passant au milieu
Messieurs !
MINARD
Vingt mille francs net.
GAVAUT.
Trente mille brut.
* Térence, Gavaut, Minard.
** Gavaut, Térence, Minard.
14 GAVAUT, MINARD ET C'«
MINARD
Parfaitement.
GAYAUT.
Nous sommes d'accord.
MINARD . Il se rassied. ^
Continue.
GAVAUT, assis. — Téience reprend sa place'''.
Aujourd'liui, notre pelote est faite. Le moment est venu de songer à nos concitoyens. Le coton est-il sufTisamment représenté dans les conseils du pays? Je ne le crois pas.
Cependant... monsieur...
GAVAUT.
Je ne le crois pas. J'ai donc l'intention de briguer les suffrages des électeurs.
MINARD
Toi?
GAVAUT.
J'étais né pour les luttes de la tribune; mais, avant de me dévouer au bien public, je dois assurer l'avenir de notre maison. Minard n'a pas d'enfants, je suis veuf et n'ai que des filles, trois filles charmantes, j'ose le dire, (se levant.) Térence Plumault, voulez-vous être mon gendre?
TÉRENCE, se levant.
Moi!... vous daigneriez?...
MINARD, se levant et remettant sa chaise à sa place.
Il a raison.
GAVAUT.
Je daigne vous offrir la main d'une de mes filles.
TÉRENCE, transporté.
A moi!
MINARD, allant à la fenêtre.
C'est Elvire.
♦ Térence, Gavaut, Minard.
Ah!
Téreiice met sa chaise à la table, et prend celle de Gavaut, qu'il met à droite. M IJV A R D , redescendant.
Non, non, — ce sont des balles de coton.
TÉRENCE, à Gavaut.
A moi?...
GAVAUT, qui était remonté, redescend en scène.
Vous tjtes pauvre, mais vous êtes laborieux, actif, intelligent, et vous avez des mœurs pures. Ceux qui ont jeté leur jeunesse aux quatre vents du libertinage, comme Minard, mon associé...
MINARD
Hein?... comment?
GAVAUT, continuant.
Ne trouvent plus, comme lui, que des unions stériles.
Permets, Gavaut, permets...
GAVAUT,
Pourquoi n'as-tu pas d'enfants?
MINARD
Pourquoi?... pourquoi?...
GAVAUT.
Parce que tu n'apportais au foyer conjugal que les défaillances d'une vieillesse prématurée.
Pourquoi n'as-tu que des filles?
GAVAUT.
Parce que tu m'as entraîné dans tes déportements.
MINARD
Est-ce un reproche?
GAVAUT.
Comme il vous plaira.
MINARD
Gavaut !
16 GAVAUT, MINARD ET C' =
GAVA UT
Minard !
TERENCE, pa-sant vi7ement ''".
Messieurs !
Minard remonte vers la fenêtre, et redescend doucement vers la ganelie. GAVA UT, reprenant.
Bénissez le ciel, Térence; vous, du moins, vous avez écliappé à la contagion : vous n'avez pas effeuillé les roses dans la fange de l'immoralité. Vous ne revoyez pas dans vos rêves les serments oubliés, les femmes trompées**... et je serai grand-père. Avez-vous distingué une de mes filles ?
Je ne pouvais prévoir l'honneur que vous me réserviez; je n'aurais pas osé les regarder,
GAVA UT, à Minard.
Tu l'entends, Minard? (a Térence.) Cependant mes filles, quoique également belles, ne se ressemblent pas au physique.
TÉRENCE
Oh ! je ne songe pas au physique. Je ne vois dans le mariage que l'union des âmes.
GAVAUT.
Ça ne suffit pas... ça ne suffirait pas. Tu l'as entendu, Minard, et il a vingt-cinq ans!... rougis, libertin, rougis. Mais, au moral, mes filles se ressemblent encore moins. L'aînée, Angèle, est un peu romanesque, — excellente, mais romanesque; — elle tient de sa mère. — Céleste, la seconde, est positive, — parfaite, mais positive; — elle tient de moi. — La troisième. Colombe, tient de tout le monde; elle est étourdie, — adorable, mais étourdie. — Je vais les faire appeler; vous oserez les regarder, je vous y autorise. Vous les trouverez, d'ailleurs, ce qu'elles sont, spirituelles, douces, réservées, candides...
On entend les trompettes d'un régiment de cavalerie en marche.
* Gavant, Térence, Minard.
•* Minard, Gavaud, T(îrence.