‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 291 sur 352 · SCÈNE II JULES, OLYMPIA · texte numérisé non relu

SCÈNE II JULES, OLYMPIA

.lulfS va ouvrir.

OLYMPIA, sur le seuil.

Monsieur, on vient de me dire que vous quittiez votre appartement.

JULES

C'est la vérité, madame?... ou mademoiselle?

OLYMPIA

Vous pouvez choisir. — Moi, j'en cherche un, et comme je suis première chez la modiste en face...

JULES

Cela tombe à merveille... mademoiselle. Vous pouvez vous installer tout de suite.

Il la fait entrer et referme la porte. OLYMPIA.

C'est précisément ce que je voudrais.

JULES, continuant à bourrer sa inalle.

.le vous céderai même mon mobilier.

Pas trop cher?

JULES

Tout meublé. Quatre cents francs par Irimestre.

OLYMPIA

Ça se peut.

JULES

La couverture est faite, vous n"ave/ qu'à apporter votre bonnet de nuit.

OLYMPIA, se récriant.

Monsieur !

JULES

Vous vous méprenez. Je n'ai pas le cœur à la cascade, vous n'avez pas de sexe pour moi, vous êtes la locataire de l'axenir, voilà tout. La maison est très bien lutbiiée. Un homme dalVaires au-dessous, et une somnambule au-dessus.

OLYMPIA

Je le sais.

Une modiste sur le carré.

OLYMPIA

Ma patronne.

JULES, prenant sur la table un comparliiiient de sa malle.

Vous permettez, mademoiselle?... J'aime mieux mademoiselle.

OLYMPIA

Alors vous allez voyager ?

JULES

Dans une heure jaurai ([uitté l'aris. Demain j'aurai quitté la France.

OLYMPIA

C'est un chagrin d'amour?

JULES

Jaurai mis l'Océan entre nous.

OLYMPIA

Pauvre jeune homme ! j

JULES

Et ce ne sera pas trop.

Elle \ous poursuit :'

C'est moi, au contraire, c'est moi qui l'adore,

OLYMPIA

Et ça vous fiiit fuir ?

JULES

Parce que cest la femme d'un homme que je v(^n("'re.

OLYMPIA

Et il sait tout?

JULES

11 ne peut pas savoir tout, puisqu'il n'y a rien. Il n'y a que des lettres, mais il les a, ces lettres; il les a vues, ou il va les voir. Elles sont dans sa calotte.

OLYMPIA

Sa calotte?

JULES

.Je vous dis qu'elles sont dans tes mains de son mari, qui est mon bienfaiteur, et, si je n'avais pas aimé cette femme adorable, j'aurais pu épouser une jeune fille ravissante ; mais la question n'est pas là, ma situation est intolérable. Et je pars, voilà tout. — Si ce logement vous plaît ?

OLYMPIA

.Je crois qu'il me plaira.

JULES

Ici la chambre à coucher, au fond la salle à manger.

Avez-vous deux sorties?

JULES

Non, ça manque. Mais des placards partout.

OLYMPIA

C'est indispensable pour une femme.

JULES, ouvrant le placarcl.

Des placards aérés. On y tiendrait quatre et on y vivrait huit jours.

OLYMPIA

Peut-on examinor ?

JULES

A votre aise.

OLYMPIA

Et la salle à manger est bien ?

Elle entre dans la chambre à coté.

JULES

Voyez. — (s'agenouiUant pour fermer sa malle.) Je ferme ma mallc.

Ah! oui, je pars. Oh! oui, je ne pourrais plus me retrouver en foce de son mari. Elle n'est pas coupable, et elle est terrible! (il s'assied sur la malle.) Je l'ai quittée à ouze heures, après le déjeuner, et vingt minutes plus tard elle m'envoyait une lettre à laquelle je ne comprends rien, rien, (ii reprend la letir.^ pour la lire.) « Mousicur, l'orrcur a trop duré, je ne suis pas celle que vous croyez, et, si je vous ai prié de me soutenir quand je iîiisais la planche... » Qu'est-ce que ça veut dire? « ... C'est que je vous prenais pour mon mari, que je vénère » — moi aussi ! — « que je respecte, et que j'adore ! Céleste Champanet, de mon vrai nom. » Comme si je ne le connaissais pas son vrai nom !

Il se lève.

OLYMPIA, rentrant par la droite.

Eh bien, ça me va, tout ça. Un peu cher, quatre cents ; francs par trimestre.

JULES

Mettons trois cent cinquante.

OLYMPIA

Oui, n'est-ce pas? c'est bien assez. Nous no faisons pas un petit papier ?

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