‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 35 sur 352 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Plumault, L. T., Plumault, charmant garçon, de mœurs pures, mon élève, qui vous adore.

CÉLESTE

Il est trop tard : j'aime.

Vous aussi !

CELESTE, continuant.

M. Albéric de Châteauponsac.

GAVAUT.

Cliàteauponsac ! qui ?

CÉLESTE

Un lieutenant de hussards.Il vient de passer tout à l'heure.

GAVAUT.

Un second hussard !

CÉLESTE

Oh ! papa, ne serez-vous pas flatté de voir dans votre famille un bel oiricier?...

GAVAUT, continuant la phrase.

Avec un beau pantalon rouge, un habit bleu de ciel, — on me l'a déjà dit, — et des brandebourgs l'hiver, comme nia robe de chambre, — je sais tout cela.

CÉLESTE, d'un air câlin.

Vous ne l'avez pas remarqué? — Il passe vingt fois par jour sous nos fenêtres.

GAVAUT.

Et il fait caracoler son cheval!

CÉLESTE

Il a un air martial et des moustaches...

Qui me charmeraient moi-même? — Non, mademoiselle, non.

CÉLESTE

Demandez à madame Minard, dont les fenêtres sont audessus des nôtres.

34 GAYAUT, MINARD ET C"

GAVAUT.

Taisez-vous. Vous épouserez Plumault.

CELESTE, après un temps de réflexion.

Vous êtes ambitieux, vous.

GAVAUT.

Moi?

CÉLESTE, s' appuyant sur l'épaule de son père.

Votre place est à la Chambre.

GAVAUT, se laissant convaincre.

Ah ! tu crois?

CÉLESTE, avec clialeur.

C'est ce que me disait M. de Chàteauponsac.

GAVAIT

Il t'a dit cela? — Ce lieutenant, ce simple lieutenant l'a dit cela?

CÉLESTE

A la Chambre... et même ailleurs.

GAVAUT, flatté.

Même ailleurs?

CÉLESTE

Plus haut.

GAVAUT, avec flerté.

Ministre alors? — Le ministère du commerce?— J'ai fait mes preuves.

CÉLESTE, abandonnant l'épaule de son père.

Voilà où vous devriez être.

GAVAUT, convaincu.

Dans l'intérêt de mes concitoyens. — Je protégerais le colon, et je t'assure qu'on ne verrait pas la flanelle envahir la société.

CÉLESTE

M. de Chàteauponsac serait un appui.

GAVAUT.

Un appui?... solide? — Oui, le commerce s'appuyant sur le sabre.

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