‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 94 sur 352 · E L V I II E · texte numérisé non relu

E L V I II E

"Vous ne me croyez pas digne de vous comprendre?

THÉODORE

Au contraire.

ELVIRE

Merci. — Jurez donc de m'obéir.

Je ne demande que ça.

ELVIRE

Il faut fuir.

THÉODORE

Fuir!

ELVIRE

Une chaise de poste vous attendra au bout de la rue.

THÉODORE, à part.

Elle veut m'enlever.

ELVIRE

Vous irez au Havre.

THÉODORE

Quel hôtel?

ELVIRE

Et de là en Amérique.

THÉODORE

En Amérique!... en chaise de poste.

112 GAVAUT, MINARD ET C-

ELVIRE

C'est le refuge des incompris.

En Amérique ! — Pourvu que nous y soyons ensemble !

n tombe à genoux Jevant Elvire.

ELVIRE, étonuéo.

Ensemble?

THÉODORE, se passionnant.

Et nous vivrons inconnus.

ELVIRE

Nous?

THÉODORE

Oubliant, oubliés, tranquilles.

ELVIRE

11 veut m'enlevcr.

THÉODORE

Dans les foi'èts vierges! — (n se relève.) Ahl comme je serais éloquent si j'avais mon paletot! — Mais il faut me pardonner... je n'ai qu'une bretelle et c'est mon premier amour.

ELVIRE

Le premier! — Vous n'aviez jamais aimé?

THÉODORE

Jamais.

ELVIRE

Oh! j'ai peur de comprendre.

THÉODORE

Je n'osais pas... parce que... j'ai eu pour parrain un professeur de piano qui avait le mauvais œil. Mais vous, vous êtes mon fétiche, ma corne de corail.

ELVIRE

Alors, celle dame blonde dont vous vouliez vous rapprocher?

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