ACTE DEUXIÈME. â
JEAN
Me ferez-vous la grâce de m'accepter comme créancier?
HORTENSE, à part.
Il a fait cela ! (Haut.) Mon bonThomé, oh I que c'est gentil, que c'est amonrenx! Qae je suis contente et qae j'ai raison de vous aimer! — Mais, vous n'espérez pas qqe j'accepte? Vous êtes le dernier à qui je voulusse emprunter. Je n'ai plus besoin de personne d'ailleurs ; je viens de faire ma confession à M. de Montlouis, et c'est lui qui me tire d'embarras. — Eh bien ! pourquoi cet air penaud?
JEAN
J'étais si heureux que vous fussiez sauvée par moi! — Que vais-je faire de cet argent maintenant ?
HORTENSE
Vous allez le serrer dans votre tiroir.
JEAN
Non, il me fait peur! Je me suis senti joueur dans l'âme pendant cette partie endiablée. Si je garde cet argent, je suis perdu.
HORTENSE
Alors fondez un prix de vertu, et encore, non! On vous le décernerait.
JEAN, s'osseyaot sur le canapé à gauche.
Tout vous est matière à raillerie...
HORTENSE, derrière le âanapé.
Grand enfant ! ne voyez-vous pas qu'il y a un Dieu pour les amoureux, et que la Providence vous envoie l'outil de votre fortune? Ne le lui jetez pas à la tète ! Vous voilà U'fflë, lancez-vous dans la mêlée et faites votre trouée.
JEAN
Àhl je ne veux plus toucher une carte.
346 JEAN DE THOMMËRAY.
HORTBNSE.
Vous ferez bien, mais qui vous parle de cela? Laaccz-Toas dans le monde des affaires, de la spéculation... Vous en connaissez maintenant les coryphées ; vous avez de la chance au jeu, allez I
JEAN
Est-ce vous qui parlez, Hortense?
HORTENSB.
Oui, moi qui vous aime et qui ne veux pas qae vous me reprochiez un jour de vous avoir laissé manquer votre des* tinée. Vous n'êtes pas fait pour vivre en gentilhomme campagnard. La Bretagne, le manoir paternel, les gars et le biniou, tout cela est bon en passant. Rappelez-vous vos vagues aspirations vers un monde plus vivant...
jEAir.
Ah! mes rêves pétaient de gloire et d'amour, et non pas d'argent. Je ne désire plus rien : vous m'aimez, je sais le maître du monde! Votre amour est un luxe d'Orient, je n'en veux pas d'autre.
HORTENSE
Mais pour conserver celui-là, tête de bois ! il faut rester à Paris, et on ne vit pas à Paris de l'air du temps ! La passion est une belle chose, mais ce n'est pas une carrière... « Monsieur le vicomte Jean de Thommeray 1 — Qu'est-ce qu'il est? — Il est passionna, » — Franchement, cela ne suffit pas.
JEAN, se lerant.
Je serais fort ridicule, en effet, si mon dessein était de ne rien faire.
SORTBNSE.
Et quelle profession prendrez-vous quivoas donne toatde suite un état dans notre monde ? La profession de la gloire? Si vous aspirez à une célébrité quelconque, dites-le, et je vous permets de rester pauvre ; sinon, non.