ACTE QUA.TRIÈME. «W
JONQUIÈRES
Parbleu ! contre votre ami Thommeray.
ROBLOT
A cause des bruits qui courent ? Il n'y est pour rien, je vous eu réponds. Il en est plus furieux que vous-même.
JONQUIÈRES
Plus furieux que moi? Je le trouve encore bon^ celui-là ! S*il savait le cas que je fais du basard de la naissance !
ROBLOT
Alors pourquoi avez-vous épousé une fille de qualité?;
Dans ce temps-là, je pensais qu*un alliage de noblesse décuplerait la force de mon argent.
ROBLOT
Vous pensiez bien.
JONQUIÈRES
Je pensais mal : je Tai appris à mes dépens. La famille de ma femme m*a tourné le dos le lendemain de la noce.
ROBLOT
Parbleu ! quand on veut s'allier à la noblesse, ce n'est pas une femme qu'il faut y prendre, c'est un mari.
JONQUIÈRES
Mais... je n'avais pas le cboix.
ROBLOT
Non, mais la combinaison est possible pour le compte de mademoiselle votre fille» à moins qu'elle n'y répugne.
JONQUIÈRES, à part.
Au contraire, pécore !
ROBLOT
Un gendre titré est une valeur industrielle...
99ft JEAN D£ THOMMfiRAY.
JONQUIÈRES
De premier ordre.
Ne parlons pas de Thommeray, il n'est pas en cause; maià vous avez sous la main un charmant garçon qui vous ramènerait la famille de votre femme : vous feriez d'une pierre deux coups.
JONQUlèRËS.
Qui cela ?
ROBLOT
Boislangeais.
JONQUIÈRES
Tai ! C'est une idée.
ROBLOT
Vous me direz peut-être qu'il n'est pas d'une santé irréprochable. . . Jeunesse orageuse I
JONQUIÈRES
Alors, votre serviteur 1 II ne me suffit pas que mes petitsfils soient de qualité; je les veux de qualité solide.
ROBLOT
Boislangeais a un besan d'or dans son écu ; il remonte aux croisades.
JONQUIÈRES
Si ce n'est que cela, Thommeray aussi ; et sain comme rœii.
ROBLOT
Thommeray descend des Croisés?
JONQUIÈRES
Vous ne le safiec p«6 ? 11 a des meriettesl
ÀG^rE QUATRIÈME. 399
ROBLOT
Et âioi qui le traitais à la bonne franquette ! Mais qui aurait deviné qu'un garçon aussi fort dans les affaires...
JONQUltRBS.
Est-il vraiment très-fort ?
ROBLOT
Loi I n sera un jour notre maître à tous,
JONQUIÈRBS.
Vous badinei •
ROBLOT
Il a le flair, le sang-froid, la décision, et ime yei&e t..
JONQUIÈRES
Très-joli cavalier par- dessus le marché !
ROBLOT
Charmant ! Sa femme ne sera pas à plaindre.
JONQUIÈRES
Est-ce qu*il songe à se marier?
ROBLOT
Pas encore, il n'a que vingt-cinq ans.
JONQUIÈRES
C'est le bon âge.
Je ne dis pas que s'il se présentait un parti digne de loi...
JOHQUIÈRIS.
Il doit tenir avant tout à la naissance ?
ROBLOT
Pas le moins du monde ; il en a pour deui
JONQUIÈRES
Alors pourquoi est-il furieux de ces bruits t..
dOO JEAN DE THOMMERAT.
ROBLOT
Uniquement an point de vue de mademoiselle votre fille, qa'il trouve charmante.
JONQUIÈRES
C'est d'un galant homme.
ROBLOT
Oomptez sur sa loyauté pour couper court à ces propos ridicules.
CONQUIÈRES, à p«rt, faUaat qaelqaes pas.
Ridicules, ridicules ! Après tout, l'enfant veut un gentilhomme; celui-là lui plaît... Très-fort, des merlettes, de la santé... (Haut.) Rohlot, il y a 50,000 francs pour vous si ce mariage-là se fait.
ROBLOT
Vous ne mâchez pas vos paroles.
Très-rond en affaires, moi.
ROBLOT
Moi, sans être pointu, je refuse votre pot-de-vin ; le plaisir de vous obliger me suffit.
JONQUIÈRES
. Tu iras loin, petit.
ROBLOT
Dieu vous entende! Quant à votre affaire, je dois vous en montrer tout de suite la difficulté. Thommeray considère le mariage comme une chose tout à fait sérieuse et qui doit mettre absolument lin à sa vie de garçon.
JONQUIÈRES
Je l'entends bien ainsi.