‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 235 sur 320 · ACTE QUA.TRIÈME. «W · texte numérisé non relu

ACTE QUA.TRIÈME. «W

JONQUIÈRES

Parbleu ! contre votre ami Thommeray.

ROBLOT

A cause des bruits qui courent ? Il n'y est pour rien, je vous eu réponds. Il en est plus furieux que vous-même.

JONQUIÈRES

Plus furieux que moi? Je le trouve encore bon^ celui-là ! S*il savait le cas que je fais du basard de la naissance !

ROBLOT

Alors pourquoi avez-vous épousé une fille de qualité?;

Dans ce temps-là, je pensais qu*un alliage de noblesse décuplerait la force de mon argent.

ROBLOT

Vous pensiez bien.

JONQUIÈRES

Je pensais mal : je Tai appris à mes dépens. La famille de ma femme m*a tourné le dos le lendemain de la noce.

ROBLOT

Parbleu ! quand on veut s'allier à la noblesse, ce n'est pas une femme qu'il faut y prendre, c'est un mari.

JONQUIÈRES

Mais... je n'avais pas le cboix.

ROBLOT

Non, mais la combinaison est possible pour le compte de mademoiselle votre fille» à moins qu'elle n'y répugne.

JONQUIÈRES, à part.

Au contraire, pécore !

ROBLOT

Un gendre titré est une valeur industrielle...

99ft JEAN D£ THOMMfiRAY.

JONQUIÈRES

De premier ordre.

Ne parlons pas de Thommeray, il n'est pas en cause; maià vous avez sous la main un charmant garçon qui vous ramènerait la famille de votre femme : vous feriez d'une pierre deux coups.

JONQUlèRËS.

Qui cela ?

ROBLOT

Boislangeais.

JONQUIÈRES

Tai ! C'est une idée.

ROBLOT

Vous me direz peut-être qu'il n'est pas d'une santé irréprochable. . . Jeunesse orageuse I

JONQUIÈRES

Alors, votre serviteur 1 II ne me suffit pas que mes petitsfils soient de qualité; je les veux de qualité solide.

ROBLOT

Boislangeais a un besan d'or dans son écu ; il remonte aux croisades.

JONQUIÈRES

Si ce n'est que cela, Thommeray aussi ; et sain comme rœii.

ROBLOT

Thommeray descend des Croisés?

JONQUIÈRES

Vous ne le safiec p«6 ? 11 a des meriettesl

ÀG^rE QUATRIÈME. 399

ROBLOT

Et âioi qui le traitais à la bonne franquette ! Mais qui aurait deviné qu'un garçon aussi fort dans les affaires...

JONQUltRBS.

Est-il vraiment très-fort ?

ROBLOT

Loi I n sera un jour notre maître à tous,

JONQUIÈRBS.

Vous badinei •

ROBLOT

Il a le flair, le sang-froid, la décision, et ime yei&e t..

JONQUIÈRES

Très-joli cavalier par- dessus le marché !

ROBLOT

Charmant ! Sa femme ne sera pas à plaindre.

JONQUIÈRES

Est-ce qu*il songe à se marier?

ROBLOT

Pas encore, il n'a que vingt-cinq ans.

JONQUIÈRES

C'est le bon âge.

Je ne dis pas que s'il se présentait un parti digne de loi...

JOHQUIÈRIS.

Il doit tenir avant tout à la naissance ?

ROBLOT

Pas le moins du monde ; il en a pour deui

JONQUIÈRES

Alors pourquoi est-il furieux de ces bruits t..

dOO JEAN DE THOMMERAT.

ROBLOT

Uniquement an point de vue de mademoiselle votre fille, qa'il trouve charmante.

JONQUIÈRES

C'est d'un galant homme.

ROBLOT

Oomptez sur sa loyauté pour couper court à ces propos ridicules.

CONQUIÈRES, à p«rt, faUaat qaelqaes pas.

Ridicules, ridicules ! Après tout, l'enfant veut un gentilhomme; celui-là lui plaît... Très-fort, des merlettes, de la santé... (Haut.) Rohlot, il y a 50,000 francs pour vous si ce mariage-là se fait.

ROBLOT

Vous ne mâchez pas vos paroles.

Très-rond en affaires, moi.

ROBLOT

Moi, sans être pointu, je refuse votre pot-de-vin ; le plaisir de vous obliger me suffit.

JONQUIÈRES

. Tu iras loin, petit.

ROBLOT

Dieu vous entende! Quant à votre affaire, je dois vous en montrer tout de suite la difficulté. Thommeray considère le mariage comme une chose tout à fait sérieuse et qui doit mettre absolument lin à sa vie de garçon.

JONQUIÈRES

Je l'entends bien ainsi.

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