‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 284 sur 320 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

HENRI

Gela signifie que depuis quinze ans je crois vivre dans rhonneur, et que je vis dans l'opprobre; que je sais tout, et que je vous hais autant que je vous ai aip^é.

CAYERLET.

Tu sais tout?

J'ai vu mon père.

HENRI

CAVERLET.

Et il t'a tout dit. Eh bien, puisqu'il vient au-devant de la justice, je parlerai! c'est lui qui l'atira voulu. — Ah ! tu crois qu'il t'a tout dit! T'a-t-il dit qu'il avait épousé cette admirable femme uniquement pour sa fortune»? qu'il avait une maîtresse avant le mariage, et qu'il ne Ta pas quittée après? Qu'il a ruiné ta mère pour satisfaire aux caprices de cette drôlesse...

HENRI

Assez ! Laissez-moi du moins estimer mon père !

CAVERLET.

Puisque tu ne peux plus estimer ta mère, n'est-ce pas ? Ta vois bien que je dois la défendre, et que tu dois m'écouter! — T'a-t-il dit qu'il s'affichait impudemment a\ec sa maltresse dans les lieux publics? que cette misérable, qui jouait la jalousie, avait exigé de lui qu'il ne parût nulle part avec sa femme et qu'il y avait consenti? Eh bien, s'il t'a dit tout cela, il ne t'a rien dit encore ; car tout cela, ta sainte mère l'acceptait sans murmurer ; ruine, dédains blessants, abandon, outrages publics, elle se consolait de tout entre ta sœur et toi. Mais un jour son indigne rivale eut la fantaisie de vous embrasser, toi et ta sœur, et ton père vous conduisit à ses lèvres!

HENRI

Ce n'est pas vrai l

tôO MADAME GAVERLET.

CAYERLET.

Tu doutes de ma parole? — C'est ton droit quand elle accuse ton père. — Mais tu en croiras peut-être Tarrêt de la justice.

HENRI

Que m'importe après tout! mon père a été coupable, soit! il n'a pas eu la conscience de ce qu'il faisait. Mais il l'a aujourd'hui, il s'accuse, il se repent, il veut réparer.

CAYERLET.

Et il commence la réparation en déshonorant la mère aux yeux des enfants. Si c'est là son repentir, quelle serait donc sa vengeance?

HENRI

Est'Ce qu'il savait que vous passez pour le mari de ma ineret

CAYERLET.

Est-ce qu'il savait? Alors, comment a-t-il découvert sa re* traite? sous quel nom l'a-t-il cherchée? s'appelle-t-elle ici madame Merson ou madame Caverlet? Mais rien qu'en demandant le chemin de notre maison, il aurait compris, s'il ne le savait pas, quêta mère vit tranquille et honorée... car, j'ai bien le droit de le dire, tout ce qu'il était humainement possible de faire pour lui assurer l'estime du monde, je l'ai fait ! En la couvrant de mon nom, j'ai renoncé moimême au mariage, à ma carrière, à mes amitiés ! Lequel de ton père ou de moi l'a plus respectée ? lequel est son véritable époux devant Dieu? Et au nom de quel droit sauvage vient-il, après quinze ans, détruire une seconde fois la vie de cette pauvre femme?

HKNRI.

Comptez-vous pour rien le besoin de revoir ses enfants?

CAYERLET.

Ah! oui, ses enfants. Dis- moi un seul de ses devoirs de

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