ActE ÎROISIÈMË
BARGE
Tu comprends que devant cette révélation accablante j*ai dû battre en retraite. Heureusement je n'avais pas encore fait ma demande...
RETNOLD.
Pauvre petite Fanny !
BARGé, allant s'asseoir sur an fauteuil.
Je la plains de tout mon cœur, car je l'aime.
REYNOLD
Est-ce assez de la plaindre ?
BARGE
Mais, mon ami...
RBTNOLD.
Est-elle moins pure, moins loyale, moins adorable pour être dans une pareille situation ? A ce malheur déjà si grand, en ajouterons-nous un plus grand encore, en la rejetant de Talliance des honnêtes gens ? Lui refuserons-nous une nouvelle famille, parce que la sienne est indigne d'elle ? Raison de plus pour l'en arracher, et lui faire une place dans notre honneur, comme elle en a déjà une dans notre tendresse ]
BARGE
Pauvre petite I pauvre petite !
RETNOLD.
Elle est orpheline; nous l'adoptons, est-ce dit?
BARGE
Ah! parbleu! si elle était orpheline... Mais toléreras-tu que ta femme fréquente une mère qui vit en état de...
RETNOLD.
Non pÀs I — Mais je n'épouse pas la mère, et je saurai la tenir à distance.
idO MÀbAMË GAVËRLEt.
BARGE
Est-ce que tu en as le droit? c'e$t la plus honnête femme
du monde.
RETNOLD.
Pour le coup, voilà du nouveau. Tu amnisties l'adultère, loi?
BARGE, se levant.
Jamais de la vie. Mais Tadultère de la femme séparée n'est pas... enfin ce n*estpasla même chose! c*est la conséquence presque forcée de la séparation... Ah! si tu connaissais rhistoire de la pauvre Henriette...
RETNOLD.
Bref, madame Mcrson est un ange.
BARGE
Ma foi . . . peu s'en faut.
RjBYNOLD.
Alors pourquoi ne tolérerais-je pas qu'elle fréquente ma femme?
BARGE
Parce que ce serait un scandale.
RETNOLD.
En un mot, tu excuses la mère, et tu condamnes la fille.
BARGE
Maïs sapristi! ce n'est pas moi; c'est la fatalité de la situation! Mon devoir de père est de te disputer à des diflicuJtés et à des douleurs que tu ne prévois pas.
RETNOLD.
Mais la pire douleur est de perdre celle que j'aime.
BARGE
Ta Toublieras.
A.CTË TnolSlCME. 491
RETNOLD.
Tu sais bien que non.
BARGé.
Que veux-tu que je te dise? si tune peux pas roublier... il viendra un moment où mon devoir cessera avec mon autorité, et je ne te réduirai pas aux sommations respectueuses.
REYNOLD
Et tu veux m'iniliger quatre ans de ce supplice, à moi, à ton petit Reynold qui t'aime tant?
Il passe son bras antour da eon de son père. BARGE.
Laisse-moi tranquille.
REYNOLD
Nos repas en tête-à-tôte seront gais!., quand tu pouixais voir à table devant toi deux visages épanouis par le bonheur!
BARGE
Voyons, j'ai assez de chagrin, sans que ta m'en fasses.
RETNOLD.
Et moi, je veux t'en faire assez pour que tu n'en aies plus. ^ Et ton petit Daniel, à qui tu ne penses pas!
BARGE
Quel petit Daniel?
REYNOLD
Mon ûls, parbleu I
BARGE, souriant et éma.
Tu veux l'appeler Daniel?
REYNOLD
A moins que tu ne refuses d'être son parrain.
vn MADAME CAVERLET.
BARGE
Âh ! que nenni ! cher bambin !
RETNOLD.
Auras-tu le courage de le retarder de quatre ans pour complaire à des bégueules dont tu te soucies comme de ça?
BARGE, ébranlé.
Il est certain... Ëh bien, non! tu né débuteras pas dans le monde par une lutte contre les préjugés.
RETNOLD.
Tu aimes mieux que je débute par une lutte contre toi?
BARGE
Je veux que tu voyages, que tu n'engages pas ta vie entière sans rien connaître de la vie. -— Tu vas partir pour Paris.
REYNOLD
Ah! ce n'eat plus pour Londres?
BARGE
J'ai changé d'rdée.
RETNOLD.
Tu ne fais que ça depuis trois jours.
BARGE
C'est possible. ^ Je t'ouvre un crédit de vingt mille francs.
RETNOLD» s' asseyant près de la table.
C'est bien inutile. Je passerai tout mon temps au collège de France, à la Sorbonne, dans les bibliothèques et les musées... Ca ne coûte pas cher.
BARGE
Tu ne vas pas à Paris pour t'instruire, mais pour te dis* traire.