‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 296 sur 320 · ACTE TROCSIÉME · texte numérisé non relu

ACTE TROCSIÉME

HENRIETTE

Mes amis de Paris me croient retirée à Avranclies; mes amis d' Avranclies me croient rentrée à Paris : par conséquent je retrouverai ma situation intacte...

Elle lui fait une espèce de salat, eomme pour le ooogédier. MERSON, à part, se letaDt.

Mon congé. (Haut.) Oui, votre situation de femme séparée. La croyez-vous bien favorable à l'établissement de votre fille? Le monde a de terribles préventions contre les mères en rupture de ban! Il leur prête toujours des affections... morganatiques, et parfois il n'a pas tort. Croyez-moi, le résultat que TOUS obtiendriez en quittant... Lausanne, ne vaudrait pas le sacrifice.

HENRIETTE, amèrement.

Voulez-vous me prouver, monsieur, que vous nous avez fait à moi et à mes enfants une position impossible? Car c*est bien vous qui nous Tavez faite; vous ne songez pas aie nier, je suppose ?

HERSON.

J*y songe si peu, madame, je me sens si bien responsable du passé et de Tavenir que je viens vous offrir la seule réparation efficace, qui est de reprendre votre place de mère de famille à mon foyer.

HENRIETTE, d'aoe troiz sonrde.

Rentrer chez vous! moi!

MERSON

C'est an nom de vos enfants que je vous le demande.

Mais vous savez bien que c'est impossible !

MERSON

Pourquoi donc? Vous le disiez vous-même tout à Theure: il n'y a pas eu de scandale...

502 MADAME CAVERLBT.

HENRIETTE

Il s*agit bien de scandale ! Je serais aussi lâche de rentrer chez Yoas, que vous de m'y recevoir. Il y a des pardons qui dégradent autant celui qui les accepte que celui qui les accorde. Quant à moi, si je pouvais oublier vos fautes, je ne pourrais pas oublier la mienne. Croyez-moi : gardons nos ressentiments... ne changeons pas notre haine en mépris.

MERSON

Voue me haïssez encore ?

HENRIETTE, éoUtont.

Il le demande! — Oui, je vous hais! non pour ce qae j*ai souffert, mais pour ce qu'il me reste à souffrir. J'étais née pour être une épouse sans reproche, une mère sans tache ; c'est vous qui m'avez poussée dans l'abîme où je suis!

MBRSON.

Je viens vous en retirer.

HENRIETTE

Me rendrez-vous le droit de lever les yeux devant mes enfants, quand ils sauront la vérité? Non! Eh bien, vous ne pouvez rien me rendre. Adieu.

MERSON

Vous réfléchirez.

HENRIETTE, adroite de U loèM.

C'est tout réfléchi.

MER SON, prenant ton ekepein.

Je le regrette, madame. J'espérais ne pas vous séparer de vos enfants : puisque vous ne voulez pas les suivre, je n'em« mènerai qu'eux.

HENRIETTE, t'élançMt rert l«l.

Tous les emmènerez?

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