‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 80 sur 320 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

MADAME DE YERLIÈRE, se rasseyant en faee de Laocy.

Vous ne voulez rien comprendre aujourd'hui! Ne vous ai je pas dit qu*il est sans fortune?

LANCY

Vous lui faites injure.

MADAME DE VERLIÈRE.

Mon Dieu ! toutes mes idées se brouillent. Qui me tirera d'anxiété? Mon cher Lancy, vous regrettiez de ne pas être mon frère ; supposez que vous Tètes, et donnez-moi un conseil, je vous en prie.

LANCY

Mon conseil serait trop intéressé.

MADAME DE VERLIÈRE.

Non! Vous êtes la loyauté même; je vous obéiiai aveuglément.

LANCY

Je vous conseille de m*épouser.

MADAME DK VERLIÈRE.

Ce n'est pas ce que je vous demande.

LANCY

C'est pourtant tout ce que Je peux vous dire.

MADAME DE VERLIÈRE.

En votre âme et conscience, croyez-vous qu'il m'aime?

LANCY

Je vous aime trop moi-même pouren douter.

KADAMB DE VERLIÈRE, se leyant ayec impatience, traverse la scène jusqu'à la table, pnis, reyenant à Lancy, d'un ton résolu.

Eh bien, s'il m'aime, tant pis pour lui, car je ne l'épouse* rai certainement pas. Désolée de vous contrarier...

LANCT) se levant.

Le pensez-vous ? — Je suis le plus heureux des

MADAME DE YERLIÈRE.

Vous avez bien tort, mon pauvre Lancy, car je ne vous en épouserai pas davantage. Le veuvage ne me pèse pas à ce peint. Si vous voulez rester mon ami, bien; sinon...

LANCY

Je le veux ! C'est déjà une commutation de peine. — Mais, si je né suis poijr rien dans ce revirement inespéré, qu'estce donc que vous a fait Mauléon?

MADAME DE YERLIÈRE.

Je vous ai tout dit.

LANCY

Tout? Il n'y a pas de post-scriptum? Les femmes en ont toujours un.

MADAME DE YERLIÈRE.

Pas l'ombre. (Elle s'assied à gauche de la table.) — Maintenant, comment faire pour me dégager? Je ne vous consulte pas, car vous êtes détestable aujourd'hui.

LANCY

Une femme a toujours le droit de reprendre sa parole.

MADAME DE VERLIÈRE.

Je ne lui al jamais donné la mienne,

LANCY

Pas même tout à l'heure?

MADAME DE YERLIÈRE.

Non. Je ne sais par quelle prudence instinctive j'ai éludé sur ce point.

LANCY, debout de l'autre côté de la table.

Rien de plus simple : il vient prendre le thé ce soir...

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