‹ Théâtre complet de Émile AugierChapitre 123 sur 291 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GENEVIÈVE

Où donc est Henri?

PAULINE

Je n'en sais rien... Chez les paavres, probablement. '

GENEVIÈVE

n a l'air triste depuis quelqae temps.

PAULINE

Il n*a jamais été gai... C'est un jeane homme mélancoique.

GENEVIÈVE

Vous ne lui connaissez pas de chagrin?

Ma chère, la mélancolie vient de l'estoàiac. Voyez si les gens bien portants sont tristes... M. de Montrichard, par exemple...

Elle s'assied.

GENEVIÈVE, souriant.

Il doit avoir un bien bon estomac.

PAULINE

Quelle verve ! quelle gaieté !

GENEVIÈVE

Il est amusant.

PAULINE

Et brave comme son épée... En voilà un qui rendra sa femme heureuse !

GENEVIÈVE

Voua dites cela comme si vous n'étiez pas heureuse avec Henri ^

PAULINE

Trés-heureusel Henri est charmant. Mais madame de

198 LE MARIAGE D'OLTHPE.

Montrichard n*aura rien à m*envier... et je voudrais que ea

fût TOUS.

GBiriviftys.

Moi?

N'ayez-Tous pas remarqué cpie M. de Montrichard Toas regarde beaaconp?

GBNBYliTE.

Non. Est-ce qu'il vous Ta dit ?

PAULINE

Quoi?

OBNBTIÈVB.

Qu'il me regaide beaucoup ?

PAULINE

Je m'en suis bien aperçue... Il est manifeste qu'il est amonreux de vous.

GENEVIÈVE

Vous intéressez-vous à lui ?

PAULINE

Oui, parce que je vous aime.

GENEVIÈVE

Eh bien, chargez-vous de le décourager.

PAULINE

Pourquoi?... Vous déplait-il?

GENEVIÈVE, étoordimeiit.

Non, pas plus qu'un autre ; mais je veux rester fille.

PAULINE, se leyant.

Vous m'étonnez... Je ne vous croyais pas d'ime dévotion incompatible avec le mariage.

GENBYlàYB.

Ce n'est pas déTotion... c'est une idée comme cela.

F.4ULINE.

Vous aimez donc quelqn'an que tous ne pouvez pas épon

er?

GEICBVièVE.

Je n'aime personne...

PAULINE

VoQs rougissez... (L'attirant Ten elle.) VojoQSy GeueyiÔTei ayez coDÛance en moi; ne sais-je pas votre amie?

GENEVIÈVE

Je n'aime personne, je voas le jure.

PAULINE

Alors, vous avez aimé quelqu'un?

GENEVIÈYB.

Laissons cela. (Se dégageant dea bras de Pauline.) Je ne dois paS

me marier, voilà tout.

Elle a'approehe du canapé à droite.

PAULINE

Ah! je comprends, (a part.) Bonne affaire pour Montrichard. (nant.) Eh bien, ma chère, M. de Montrichard n'est P^s de ces esprits étroits qai ne pardonnent pas un enfantil- ^e à une jeune fille.

IQo Tient près d'elle.

Un enfantillage ?

PAULINE

C'est l'homme qu'il vous faut. Il ne vous fera jamais un ^proche, et, si quelqu'un s'avise de la moindre allusion...

GENEVIÈVE

A quoi?

PAULINE

A ce que rous n'osez pas me dire... Ne rougissez pas, ma tonte belle. (Eiie la fait asseoir.) Quelle est la jeane fille qai n'a pas été impradente une fois dans sa vie ? On rencontre un beau jeune bomme au bal ; on se laisse serrer le bout des

doigts, on répond peut-être à un billet... (GeneTiëre fait on nwn. rement ponr te lerer, Paoline la retient.) Tout cela, le pluS innocemment du monde, et on se trouve. compromise sans avoir fait de mal.

GENEVIÈVE

Un billet ? compromise ? moi ?

PAULINE

Qae signifie alors que vous ne devez pas vous marier ?

GENEVIÈVE, se levant, arec haateor.

Cela signifie, madame, qu'il y a de par le monde un homme que j*ai été élevée à regarder de loin comme mon mari, et... Mais vous ne me comprendriez pas, puisque vous êtes capable d'un pareil soupçon.

EUe loi tourne le dos.

Pardonnez-moi si je vous ai offensée, mon enfant; mais vos réticences ne laissaient de place qu'à cette conjecture, et vous avez vu que mon amitié cherchait encore à l'atténuer.

GENEVIÈVE, lui tendant la main.

C'est vrai... j'ai tort.

PAULINE

Voyons, du courage. Il y a donc de par le monde un homme que vous avez été élevée à regarder de loin comme votre mari...

Page 1