‹ Théâtre complet de Émile AugierChapitre 188 sur 291 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MADAME HUGUET, GYPRIENNE.

^9 sont occupées à fidre un bonnet d'après un modèle, et traraillent pendant

toute la scène*

MADAME HUGUET

Tâchons que mon bonnet soit uni pour dîner.

GYPRIENNE.

Gare à tes invités ! tu vas les fasciner.

Mais le bonnet que t'a prêté madame Andelle Est bien découragé de servir de modèle.

MADAME HUGUET

Elle peut bien payer d'une coiffure ou deux L'honneur d'être en commerce avec les Champsa...

Elle se retourne arec inquiétude.

CTPRIENNB.

.bieuxi

Tu peux continuer : il n'est pas aux écoutes; Il est sorti.

MADAME BUGUET

Qui donc?

CTPRIENITE.

Celui que tu redouteSt Ma tante.

KADAM£ UVG{!£1.

Tu fais là son éloge en un mot.

CTPRIBNNE.

Ah! permets...

Non ! non ! non ! mon gendre n'est qn*nn sotl Ne prends pas son parti. Sa présence empoisonne Les quinze jours par an que ma fille me donne.

CTPRIENNE.

S'est-il jamais permis un mot. . .?

MADAME HUGUET

Non, mais ses yeux Ont des regards taquins qui me sont odieux, Moqueurs silencieux qu'on ne peut pas confondre! Qu'il s'explique, mon Dieu! j'ai de quoi lui répondre.

▲ CT£ PREMIER. 993

Mon mari s'appelait Huguet, je le sais bien f

J'ul joint après sa mort mon nom de iille au sien :

Je sois de Cham^isableuz, du clief de mon grand-père.

CTPRIKIfIfK.

Il s'appelait Coqnart !

MADAMB HUGUBT.

Mais il avait un frère, Et, pour se distinguer, ils ayaient pris tous denz Des noms de métairie : Orpierre et Ghampsableaz... C'était l'usage alors parmi la bourgeoisie.

Tu vois donc que mon nom n'est pas de fantaisie» Et les prétentions des nobles d'aujourd'hui N'ont pas, pour la plupart, d'autre titre à l'appui. D'ailleurs, c'est pour mon fils, non par sotte faiblesse, Que je me pare ainsi d'un semblant de noblesse; Car l'ombre même en est une protection, Oui, mon enfant, malgré la Révolution 1 On a d'abord traité gaiment ma particule ; Mais tout passe à Paris, même le ridicule ; Et, lassant les rieurs, qui n'ont pu la lasser, La voilà qui commence enfin à me classer.

Que répondrait mon gendre à cela, je te prie? Rien de bon, quelque froide et vieille raillerie Propre à ces roturiers de jugement tortu, Pour qui noblesse est vice et roture vertu.

Au surplus, son avis vaut-il tant que j'y tienne? J'ai l'approbation de mon fils, j'ai la tienne, N'est-il pas vrai?

CTPRIENNE.

La mienne est de si peu de poids !

MADAME HUGUBT.

Qu'entends-tu par ces mots? L'ai-je ou non, une fois?

CTPBIENNB.

Mon Dieu, ma bonne tante,

MÂDàHE HUGUET.

Est-ce que ta me blâmes?

CYPRIENNE

Te blâmer? N*es-tu pas la meilleure des femmes? Quand je me voyais seule au monde avec ef&*oi Ne m*as-tu pas reçue orpheline chez toi, Et ne m'as-tu pas fait, adoptant ma détresse, Plus qu'une part de nièce en ta chère tendresse

MADAME HUGTJET.

Tu veux en câlinant te tirer d'embarras.

Tu me blâmes donc bien?

Ne me consulte pas; Je suis uu mauvais juge.

MADAME HUGUET

Allons I quand je t'en prie!

CYPRIENNE

Non, je pousse l'horreur de la supercherie, Vois-tu, jusqu'à blâmer ce bonnet d'avoir l'air, Tout en ne coûtant rien, de te coûter très-cher.

MADAME HUGUET

Mon Dieu, ma chère enfant, lorsque l'on n'est pas riche,

Pour soutenir son rang il faut bien que Ton triche.

Mes petits procédés, qui n'ont rien de romain,

Ont aidé ton pauvre oncle à faire son chemin.

Serait-il devenu, d'humble surnuméraire,

Chef de division au bout de sa carrière.

S'il n'eût toujours mené, grâce à ma gestion.

Un train d'homme au-dessus de sa position?

Car pour un employé rien n'est plus efficace

Que de n'avoir pas l'air de vivre de sa place ;

Ses protecteurs n'ont pas l'espoir de l'asservir

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