ACTE 1» HLM 1ER
MÀTHILDK.
Tu sais bien que maman a du monde.
C'est juste.
MADAME HUGUET
Vous me faites songer qu'il faut que je m'ajuste.
Elle sort.
HUBERT, à Philippe.
Mets-moi donc au courant des convives, mon cher ; Que je ne fasse pas, comme on dit, un impair.
PHILIPPE
L'un, monsieur Mamignon, ex-entrepositaire De rinde, maintenant quasi millionnaire...
HUBERT
Bon vieillard!
PHILIPPE
Qui te dit que ce soit un vieillard?
HUBERT
Son million, parbleu I
' MATHILDS, à Philippe.
Hubert est en retard :
n attribue encor Tamour à la jeunesse.
Les soins à Tâge mûr, l'argent à la vieillesse. Q vit toujours d'après les anciens almanachs... Cher homme primitif I ne comprendras-tu pas Que l'ordre des saisons, dans le siècle où nous sommes, Comme pour la nature est changé pour les hommes?
HUBERT
On a tant déboisé, de fait, tant cultivé,
Qu'en ce pauvre univers on a tout dépravé !
— Quel âge peut avoir ton jeune homme en retraite?
son LA JEUNESSE»
PHILIPPE-
Quarante ans environ.
HUBERT
Et sa fortune est faite?
iae sa jeunesse a dû joyeusement passer Et quel parfum charmant dans son âme laissera
PHILIPPE
Ne t'en moque pas tant; moi, je lui porte enyie. Le voilà libéré des ennuis de la vie ; Il n*a plus à songer maintenant qu'à jouir Et dans son opulence il peut s'épanouir.
HUBERT
La jeunesse te semble, à ce compte, un légume Que Ton peut comprimer sous un mince volume, Et qui, remis dans Teau deux ou trois ans après. Pourra s'épanouir et se retrouver frais?
Gageons que ton monsieur Mamignon sent le rance.
PHILIPPE
Je ne Tai pas senti, mais j*en crois l'apparence : Il s'amuse beaucoup, oui! loge à l'Opéra, Grande chère, chevaux... et les et cœtera.
HATHILDE.
Enfin, il a gagné de quoi faire l'emplette D'une félicité bien montée et complète.
Il n'a rien épargné pour meubler ses loisirs :
Seulement, il n'a pas les clefs de ses plaisirs.
Il a cru qu'il suffit en fermant sa boutique
D'aller à l'Opéra pour aimer la musique,
D'avoir des gants glacés pour s'amuser au bal.
Des chevaux de pur sang pour monter à cheval...
Si bien que le pauvre homme a l'air d'une âme en peine
Dans le itzxe au milieu duquel il se promène
JLGT£ PREMIER. 9»
HUBERT
Bref, ses goûts ont manqué leur éducation
Et restent au-dessous de sa position.
Voilà comme et pourquoi maint parvenu s'ennuie.
^ Il doit être ennuyeux, le tien!
CTPRIENirB.
Gomme la pluie.
HUBERT, à Philippe.
Qu'en fais-tu?
PHILIPPE
Tais-toi donc. Il est cousin germain D'an administrateur du chemin de Louvain :
Et la route par lui pourra m'ètre aplanie Au poste d'ayocat près de la compagnie.
Est-ce un poste important?
PHILIPPE
Ce serait mon salut I Le pied à l'étrier!
La porte de droite s'ouvre, et nn domestique ea habit aolr, eravate Uanche et gants de eotoa blanc, reste sur le seuiL
HUBERT
Tiens, c'est le portier.
PHILIPPE
Chut!
Entre madame Hngiiet.
LE PORTIER, annonçant.
Uonsieur de Uamignon, -^ Monsieur de Joulin.
HUBERT, bas, à Matbilde.
Poste/ La noolesse se gagne ici comme la peste.
ilO LÀ JEUNESSE.