ACTE TnOISlÊMS
FRANTZ
C'est qu*il a plus h faire.
LA MARGRÀYB.
Pauvre baron! il pourrait s'écrier comme le Corrége : t El moi aussi, je suis peintre I »
FRANTZ
Comment se fait-il qn*un homme d'un esprit si distingué donne dans ce travers?...
LA HARGR4VE.
Cette question m'a longtemps tourmentée moi-même ; mais j'ai fini par lui trouver une solution que je crois ingénieuse et qui m'a rendu le sommeil.
FRANTZ
\ aurait- il de Tindiscrétion à vous l'emprunter?
LA MARGRAVE
Pas du tout. Vous saurez que, chez les Berghausen, la beauté est une tradition de famille; il y a toujours eu à la cour an Berghausen qu'on appelait le beau Berghausen. Le baron, qui a été un cavalier accompli, ne vous 7 trompez pas, a brillamment tenu l'emploi pendant une vingtaine d'années. Il s'apprêtait à le résigner entre les mains de son fils Christian, quand il a eu le malheur de le perdre; pareil à la sentinelle qu'on ne relève pas, il continue héroïquement sa faction, et, pour l'honneur des Berghausen, il veut garder son poste de jeune homme jusqu'à ce qu'il y meure de vieillesse.
FRANTZ
Nol^e lutte contre les années!
LA MARGRAVB.
Malheureusement, le courage va bientôt succomber sous le nombre. Le baron sent lui-même les approches de la dé-
faite. Sa fignre s'allonge sous son fard ; le regret de son fils s'accroît de jour en jour; il dit qoe la solitude lai pèse et qu'il s'ennuie... mais }b jurerais que son chagrin n>st que la désespuir du yaincu.
PRANTZ.
Vous le calomniez, madame.
LA MARGRAYB. '
J« plaisante; mais il y a un peu de vrai là dedans. Le baron tient beaucoup à la beauté du sang. Un jour que je le voyais dans un accès de tristesse, je lui suggérai ridée d'adopter le chevalier de Blumenthal... c Ma foi, non! me répondit-il; il est trop laid; il me ferait des petits-fils affreux! j'aimerais mieux adopter un hallebardier du roi. »
FRANTZ
Est-ce qu'il ne s'est pas présenté de candidat plos séduisant?
LA HARGRATB.
Ce ne sont pas les candidats qui manqueraient, car les plus nobles seraient tiers d'écarteier leur blason aux armes de 6ers;hausen. Mais mon vieil ami, après avoir caressé quelque temps cette idée d'adoption, a fini par y renoncer. « Christian, m'a-t-il dit, vit toujours dans mon cœur. Le jour où je donnerais ce nom de fils à un étranger, il me semble que Christian mourrait une seconde fois... « Et, làdessuSf il a repris intrépidement sa faction.
FRANTZ
Est-ce que l'adoption incorpore complètement l'adopté à la noblesse de l'adoptant?