SCÈNE DEUXIÈME. I
MADA5IE CHAMEROT.
Cela ne m'étonne pasl II est d'une maladresse!
HENRIETTE
Et toi aussi, maman I
CHAMEROY.
Bravo !
Comment?
MADAME CHAMEROT
HENRIETTE
En fait d'indiscrétion, vous avez chacun votre genre.
CHAMEROY.
Et quel est donc mon genre, à moi, mademoiselle?
HENRIETTE
Toi, c'est l'attendrissement! Quand il y a un gendre à l'horizon... tu viens à moi... tu me serres dans tes hrP5, en me disant : « Ah ! je t'aime bien, va ! »
CHAMEROY.
C'est que c'est vrai!... Et ta mère ?
MADAME CHAMEROY.
Oui, moil
HENRIETTE
Oh! toi! c'esi la toilette d'abord 1 « Ma fille, mets ton cha peau bleu ' » Et puis le mystère ! Tu entres dans le salon une lettre à la main, et, d'un air sérieux : « Mon ami, je viens de recevoir une lettre importante, une lettre de Saint-Quentin. » Je regarde, il y a le timbre de Paris... Alors, moi, je m'y prête, je prends un livre... àt vous voilà tous dv,ux dans l'embrasure de la croisée... chucho tant. . marmottant...
CHAMEROY.
Mais c'est donc un monstre... que cette petite fille-là. voyant tout?... et ne disant rien...
HEA'RIETTE.
C'est justement parce que je ne dis rien que je vois tout Toutes les jeunes filles sont pareilles... E\ à qui la faute? à vous, parents... Vous ne nous mettez jamais au courant de rien; il faut bien que nous devinions! Aussi, si vous m'en croyez... cette fois-ci... vous changerez de système... et, puisque cela nous regarde tous trois... car enfin... (Riant.) ccla me regarde bien aussi un peu... nous nous y mettrons tous trois!
MADAME CHAMEROT
Elle a raison ! (S'asseyant tous trois sur le canapé.) Eh bien,
voyons, comment trouves-tu M. de Véracî
HENRIETTE
Je le trouve très-bien.
CHAMEROY.
Ainsi tu donneras ton consentement?
HENRIETTE
Je crois que oui... Mais je crains que lui ne donne pas le sien.
Pourquoi?
HENRIETTE
D'abord, il est comte, il est noble.
CHAMEROY.
Nous sommes de la grande bourgeoisie... Il wy h. pa^ mésalliance... D'ailleurs, je ne connais qu'une noblesse: celle au cœur .. nous avons cent cinquante mille livres de rente.