ACTE DEUXIÈME
MADAME DE TREMBLE
Mon mari!
JONSAC, très-courtois.
Enchanté, madame... Il y a longtemps que je a'avais &.i la bonne fortune de vous rencontrer...
MADAME DE TREMBLE
En effet... depuis six mois... depuis le mariage de M. de Millancey...
JONSAC.
Et votre santé a toujours été bonne?
J'ai été un peu grippée cet hiver...
JONSAC.
Ohl comme tout le monde... Je regrette de ne l'avoir pas sul... J'aurais envoyé prendre de vos nouvelles.
MADAME DE TREMBLE
C'est trop de bonté...
JONSAC, saluant pour se retirer.
Madame...
MADAME DE TREMBLE
Monsieur...
JONSAC, revenant.
Mais je n'avais pas remarqué. Vous avez un costume délicieux...
MADAME DE TREMBLE
Vous trouvez^
JONSAC.
Seulement la jupe est un peu courte.
MADAME DE TREMBLE
Bon!
JONSAC-
Mais je ne m'en plains pas...
MADAME DE TREMBLE, riaat,
Ah çàl qu'est-ce qui vous prend?
JONSAC.
Je ne sais... ce costume villageois... nouveau pour moi.., Comtesse, vous êtes en beauté ce soir...
MADAME DE TREMBLE
Vraiment ?
JONSAC.
Oui... Vous me faites l'effet de la femme d'un autre.
MADAME DE TREMBLE, riant.
Alors, je dois vous plaire?
JONSAC.
Mais beaucoup... parole d'honneur!
MADAME DE TREMBLE
Ah!... si j'en étais bien sûre... je vous demanderais un service...
JONSAC.
A moi?
MADAME DE TREMBLE
Oui... je ne sais comment cela se fait... j'ai beau fairj des économies... réduire mes dépenses... A la fin de l'année, ça ne se balance pas... Enfin, j'ai un passif)
JONSAC, à part, devenant froid.
Je flaire un emprunt! (Haut, saluant.) Allons, comtesse, ù. l'avantage de vous revoir.
MADAME DE TREMBLE
Un moment... Nous avons si peu d'occasions de rrous trouver ensemble... Figurez- vous qu'en sortant (îe ihez moi... on m'a remis un papier timbré... Mais je vous ennuie...
JONSAC.
Ça ne fait rien... Continuez.
MADAME DE TREMBLE
Il parait que c'est un parfumeur dont j'ai oublié de payer la note depuis deux ans... Il me poursuit pour deux mille francs.
JONSAC.
C'est un faquin 1 (saluant pour s'en aller.) AlIons, comtesse...
MADAME DE TREMBLE
Ça vous gênerait donc beaucoup de me prêter ces cent louis?
JONSAC.
Je vous avoue que dans ce moment...
MADAME DE TREMBLE
Soyez tranquille... Je vous ferai un billet.
JONSAC, vivement.
Oh 1 nonl Pourquoi :
JONSAC.
Comtesse, le tribunal m'a condamné à vous servir une pension de trente mille francs par an... C'est un compte rond... Je vous en prie, ne nous lançons pas dans les fractions... cela compliquerait nos écritures.
430 UN MARI QUI LANCE SA FEMMiii
MADAME DE TREMBLE
N'en parlons plus... Voulez -vous me rattacher ce ruban qui tombe ?
JONSAC.
Bien volontiers., (ii lui rattache son ruban.) Je ne vous connaissais pas ces épaules-là... Ah 1 les belles épaules!
MADAME DE TREMBLE
Dépêchez-vous donc.
JONSAC.
Et vous dites, comtesse, que ce croquant de parfumeur, vous a envoyé du papier timbré?... Je veux vous débar rasser de cet ennui... et...
OLIVIEB, entrant vivement, à madame de Tremble.
C'est arrangé... nous dansons ensemble...
MADAME DE TREMBLE, bas, lui montrant de Jonsac.
Chut! du monde!...
OLIVIER, bas.
Ne craignez rien... C'est un ami. (Bas, à jonsac.) Adorable, mon cher, divine!
Hein?...
OLIVIER, bas.
Occupez ma femme !... (On entend l'orchestre. A madame d^
Tremble.) Venez ! venez !...
Olivier et madame de Tremble sortent en valsant.