ACTE TROISIÈME
EDMOND
Eh bien, qu'est-ce que tu as?... tu souffres?
BATSILDE.
Nonl... (Pleurant.) La Suisse m'ennuie!
EDMOND
Allons, bien 1 Voyons, un peu de courage!... puisque lous y sommes... Depuis deux jours, je ne te reconnais plus... Tu es triste... presque maussade.
BATHILDE, pleurant.
Je n'ai pas de lettre de maman I
EDMOND, la relevant, après l'avoir embrassée.
Il en viendra, des lettres de maman... calme-toi... Ce n'est pas une raison pour faire des impolitesses aux étrangers... Tout à l'heure encore, tu as brusquement quitté la famille Martin, en mettant ton cheval au trot...
BATHILDE
Tiens! si tu crois que c'est amusant de voyager avec ces gens-là! Depuis Chamounix, ils ne nous quittent pas une minute, nous ne sommes jamais seuls... Moi, je ne comprends pas la Suisse comme ça!
EDMOND
Ma chère, il y a des relations du monde qu'il faut savoir cultiver.
BATHILDE
Je ne suis pas venue en Suisse pour cultiver des relalions... Je suis venue pour me promener avec mon mari, sans personne... Du reste, le pays n'est pas joli par ici.
EDMOND
Par exemple! des montagnes, des cascades, des torrents!
BATHILDE
Et M. et madame Martini... et leur sauvage 1... eî le petit vieux qui a toujours peur de se refroidir 1 (câline.) Si tu veux, nous retournerons à Genève, où il y a de si bons hôtels 1
EDMOND
Et la chute de l'Aar?...
BATHILDE
Ohl la chute de l'Aar 1... Est-ce que tu y tiens?
EDMOND
Non... mais il faut pouvoir dire qu'on l'a vue... Sans cela, à Paris, tout le monde s'écrierait : « Gomment! vous n'avez pas vu la chute de l'Aar ! Ah ! ils n'ont pas vu la chute de l'Aar!... » Ge serait un voyage raté...
BATHILDE
Eh bien , nous y jetterons un coup d'oeil demain, en nous en allant.
EDMOND
G'est ça!... il faut être consciencieux.