SCÈNE TREIZIÈME
BEAîJDÉDUIT, prenant Bécamel à la gorge.
Monsieur, votre fille est un ange... J'ai l'honneur de vous demander sa main.
BÉCAMEL, se débattant.
Aïe!... lâchez-moi donc!
BEAUDÉDUIT, le secouant.
Sa main?
BÉCAMEL.
Je vous l'accorde !
BEAUDÉDUIT, le lâchant.
Merci ! (a part.) Allons, voilà une formalité remphe !
BÉCAMEL, à part.
Quel drôle de garçon!... Tout à l'heure il ne voulait pas... et maintenant il m'étrangle!
BEAUDÉDUIT.
Voyons... qu'est-ce qu'il y a encore à faire?
BÉCAMEL.
Pendant que nous voilà tous les deux... si nous essayions un petit projet de contrat?
BEAUDÉDUIT.
Oh! pour ça, nous n'aurons pas de dispute; j'accorde tout!
Moi aussi... (a part.) Quel charmant garçon! (Haut, en lui
frappant amicalement sur le ventre.) Tenez, VOUS m' allez, YOUs! BEAUDÉDUIT.
Oui? (a part.) Flattons son tic... (il lui donne trois petites
tapes sur le ventre.) La! — Maintenant, dépêchons nous... Votre demoiselle m'attend pour faire de la musique... si toutefois vous m'autorisez,..
BÉCAMEL.
Cormnent donc!... mais je vous en prie...
Il lui tape encore sur le ventre.
BEAUDÉDUIT, à part.
Il est très-bonhomme ! (ll lui donne trois autres tapes sur le
ventre.) Lai — Maintenant, parlons du contrat.
BÉCAMEL.
Je pose d'abord un principe.
BEAUDÉDUIT.
Pardon... vous ne me connaissez pas... Voici mon ^îe toire en deux mots... Mon père était Suisse.
BÉCAMEL.
Portier?
BEAUDÉDUIT.
Plait-il?
BÉCAMEL.
Portier?
BEAUDÉDUIT, un peu sèchement.
Non, monsieur... Suisse de Genève... en Suisse! (a part.) Est-ce que j'ai l'air d'être le fils d'un portier! (Haut.) Ma famille quitta la France à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes .
BÉCAMEL.
Oui.
Il bâille.
BEAUDÉDUIT, le regarde et reprend vexé.
De l'édit de Nantes!... qui força tant de Français à s'expatrier.
BÉCAMEL.
Oui... (Il bâille de nouveau.) Oui, OUi, OUi!...