SCÈNE XIV
GAUDRION, FRISETTE
FRISETTE, à elle-même.
Il s'est rendormi!...
GAUDRION, à part.
C'est elle... attention!... (ll s'avance vers elle son bouquet i la main, le lui présentant gauchement.) Mademoiselle... si VOUS
voulez permettre... Il est l'emblème de vos vertus.
FRISETTE.
Qu'est-ce que c'est que ça?
Ça?... c'est un bouquet. (De même.) Mademoiselle, si vons voulez permettre... il est l'emblème...
FRISETTE, riant.
Ah! ah! ah!...
GAUDRION, riant par imitation.
Eh! eh! eh!...
FRISETTE.
Que vous êtes drôle comme ça !
GAUDRION.
Hein?... je suis...? (a part.) Elle se moque de moi... c'est jgal, du courage!... (Haut.) Dites donc, je vais le mettre sur votre cheminée... hein?... voulez-vous?
FRISETTE.
Des fleurs! pour moi?
250 FRISETTE.
GAUDRION.
Oui... j'ai pensé que ça vous serait agréable de vous trouver en famille.
FRISETTE, étonnée.
Hein?
GAUDRION, à part.
Que c'est embêtant à dire, ces machines-là!,., enfm!...
FRISETTE, à part.
Il devient galant, à présent!
GAUDRION, donnant de l'eau aux fleurs qu'il place brusquement dans le vase qui est sur la cheminée de gauche.
La... avec un peu d'eau...
Il repose la carafe avec bruit.
FRISETTE.
Prenez donc garde!.. . vous allez réveiller...
GAUDRION, très-bas.
Ah! il redort!... il dort trop!... Ah! voilà un enfant qui dort trop 1 C'est égal, il doit être bien gentil comme ça, hein?
FRISETTE, s'asseyant à droite après avoir pris son métier et travaillant.
Je crois bien!... il est rose comme un petit chérubin I...
GAUDRION, à part.
Ah! mon Dieu! dire que j'ai là, sous clef, un fils...
rose... et que... (Prenant une chaise qu'il traîne négligemment jusqu'à une légère distance de Frisette.) VouS travaillez?...
FRISETTE.
Faut bien faire son état... si je laissais chômer la dentelle... avec quoi le nourrirais-je, c't amour?