SCÈNE QUATORZIÈME
GAUDRION.
Certainement!... parce que les cancans, les ragots... Il y a des gens qui marchent là-dessus, et qui s'en flattent...
FRISETTE.
Oui... pour plus tard vous reprocher...
GAUDRION.
Ah! fi donc!... Et puis, vrai, la... si vous aimez le petit!...
FRISETTE.
Si je l'aime!
GAUDRION.
Eh bien, dans son intérêt même... Primo, ça lui donne un père... au premier abord, ça ne semble rien... mais c'est très-utile dans la société... quand il sera grand, pour faire son chemin, faut un nom... sans ça, on végète, on vous regarde comme ça!...
FRISETTE, réfléchissant. '
C'est pourtant vrai!
GAUDRION.
Et puis vous ne pouvez l'élever toute seule... ce n'est pas pour vous humilier, mais... une ouvrière... ça ne gagne pas... épais...
FRISETTE, fièrement.
J'ai des journées de deux francs, monsieur !
GAUDRION.
vous voyez bien!... deux francs!... une heure de fiacre!... v'ià-t-y pas le Péi'ou!... Je vous défie bien avec ça de produire, dans le monde, autre chose qu'un rac» commodeur de faïence!...
ni. 15
254 FRISETTE.
FRISETTE.
Ah ! pauvre enfant !
GAUDRION.
Tandis qu'en unissant son petit magot à celui d'un autre, d'un bon ouvrier... p't-être ben qu'un jour on pourrait donner au mioche un métier choisi... conseiller d'État ou dentiste.
4 FRISETTE.
Vous ayez peut-être raison.
GAUDRION.
Je crois ben!... du reste, je vous dis ça, moi... c'est pas un motif pour vous jeter à la tête du premier venu... Mais, si vous trouviez par hasard, sur vot' chemin, un de ces bons garçons, tout francs, tout ronds, avec un bon état... eh ben, faudrait le prendre... Mamzelle... c'est une occasion... faudrait le prendre.
FRISETTE.
Dame! je verrai... je réfléchirai...
C'est ça!... voyez, réfléchissez... Moi, je cours chez le bourgeois chercher ma semaine... je suis à sec!... Et puis, en même temps, j'ai une idée... une bonne idée... Adieu^ mamzelle Frisette... nous recauserons de ça.
FRISETTE.
Adieu, monsieur... monsieur?...
GAUDRION.
Ah! mon nom?... plus tard, je vous le dirai plus tard... oui, j'ai des raisons... des raisons... politiques... A bientôt, mamzelle, à bientôt ! (a part.) Ah! je suis pincé !
Il sort par le fond.