‹ Theatre complet de Eugene Labiche (volume 4)Chapitre 240 sur 364 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

Le lendemain, vers, midi, je ne sais par quelle suite de circonstances je me trouvai à la porte de Brébant... je montai sans y penser... je pris un cabinet par mégarde... et je me fis servir une douzaine d'huitre». machinalement' En les mangeant, je me disais : « Elle ne viendra pas, c'est une farce!... » Tout à coup la porte s'ouvre, ane dame paraît... mon inconnue... elle lève son voile... patatras! c'était la couturière de ma femme!... une petite brune... pas bien distinguée... mais picpiante ! J'avais invité la couturière de ma femme!... Que faire? Pour cacher mon embarras, je fais venir deux biftecks, avec pommes, deux fricassées de poulet, deux civets de lièvre, deux gibelottes de lapin, etcœtera! et Ccetera!... enfin, un bon petit déjeuner. Nous alHons attaquer la seconde bouteille de Champagne... lorsque par la porte, restée entr'ouverte, j'aperçois une tête... la tête de Méduse! celle d'Isidore, mon domestique!... Nous avions du monde à dîner, et ma femme l'avait envoyé chez Brébant pour commander un plat... L'animal entrait dans tous les cabinets pour chercher le chef de l'établissement. En m'apercevant, il s'écrie : — « Tiens! monsieur, qui est avec une dame!... )> Et il disparaît... Je demande l'addition, je cours sur ses traces et j'arrive... trop tard! Il venait de tout raconter à ma femme!... Je m'attendais à une scène, à des cris, à des larmes!... Pas du tout! je trouvai Éhsa très-calme, trèsdigne, mais très-sévère. Elle se contenta de me demander froidement la clef de la caisse... et depuis ce jour... elle l'a gardée! Elle me donne vingt francs par semaine pour mes menus plaisirs... Vingt francs! vraiment, ce n'est pas assez, je suis dans la misère! c'est au point que je regarde à prendre un omnibus, même en haut'c. Ah! si jamais ie retourne au bal de l'Opéra !

338 imVITE LE COLONEL.

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