‹ Theatre complet de Eugene Labiche (volume 4)Chapitre 339 sur 364 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

Les Mêmes, CASSAGNOL, sous le nom du Corinthien; il est habillé avec beaucoup de recherche ; lorgnon à l'œil, gants jaunes. bottes vernies.

TOUS, assis.

Tiens! un monsieur 1

lii. 27

CASSAGNOL, à part.

Je n'ai pas trouvé de blouse dans ma garde-robe.

PONTCHARRAT, au Corinthien.

Pardon... mais nous attendions un ouvrier.

CASSAGNOL.

Je suis aux ordres de l'assemblée.

PONTCHARRAT.

Comment! vous êtes?...

CASSAGNOL, lorgnant le président»

Tailleur de pierre.

, PONTCHARRAT.

Ah! pardon!... je vous prenais pour un diplomate.. Veuillez prendre la peine de monter à la tribune.

TOUS

Oui, à la tribune ! . . . à la tribune I . . .

CASSAGNOL.

Citoyens!... (Toussant.) Hum ! hum! (lltireunebonhonnière.)

Je vous demanderai la permission de prendre un jujube. Citoyens ! fils d'ouvrier, ouvrier moi-même... j'ai toujours manié la pioche et le marteau. Si vous me demandez mes titres à moi, pauvre prolétaire, je vous répondrai en vous montrant ces mains caUeuses, (un paysan quiest àcôt. i^iui

se lève et regarde ses mains; il les cache derrière son dos.) dSeeS

par le travail; ces bras tatoués par la souffrance...

UNE VOIX, dans le foud.

Faites -les voir.

TOUS

Oui, oui, oui.

CASSAGNOL.

Ah ! que ne puis-je me mettre à nu devant mes frères !

SCEfîE ONZIEME: i?5

PONTCHARRAT.

Le candidat veut-il que le bureau statue?

CRÉTINOT.

Je m'y oppose au nom de ces dames.

CASSAGKOL.

CitOJ^enS ! (n tousse.) hum ! hum ! (ouvrant sa bonbonnière,]

Je vous demanderai la permission de prendre un second jujube?

CRÉTINOT, bas à Pontcharrat.

Il en abuse!

PONTCHARRAT, à Crétinot.

Je le crois phthisique, ce tailleur de pierre.

CASSAGNOL.

Citoyens! je ne suis qu'un pauvre ouvrier... excusez mon langage abrupt, je ne me suis point exercé dans ces brillants tournois de la parole; je n'ai po*int étudié l'éloquence, cet art si difficile, ars difficilis, comme l'appelle Gicéron.

CRÉTINOT.

Il parle latin... eh bien! il doit mal tailler la pierre.

CASSAGNOL.

Travailleurs! je connais vos misères, j'ai sondé vos souflrances, j'ai su les partager, et à moi seul il appartient...

Il s'arrête et respire un flacon.

PONTCHARRAT.

Que faites-vous donc?

CASSAGNOL.

Permettez que je respire quelques sels?

CRÉTINOT, avec déférence.

Oh ! l'impôt est aboU.

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